Adapter l’ingénierie de formation à la complexité du travail (Afpa-Cnam)




« Pour que les transformations du travail ne soient pas seulement subies par les travailleurs, il faut remettre le débat sur les compétences au centre du dialogue social  », a déclaré Philippe Debruyne, vice-président (CFDT) du Copanef en conclusion de la journée d’étude intitulée « Analyses du travail et intentions formatives » organisée le 14 septembre par le Cnam et l’Afpa.

Selon lui, se battre pour que le travail soit apprenant rejoint le combat pour la qualité de vie et la santé au travail, qui intéresse les syndicats. Il estime que la formation en situation de travail (Fest) pourrait être prise en compte lors des entretiens professionnels et pourrait aussi être très efficace avec les demandeurs d’emploi. « La Fest permet un débat sur le travail lui-même, son organisation, la qualité de la production, et peut donc avoir un effet sur la qualité de vie au travail, et sur les compétences.  »


Expérimenter de nouvelles ingénieries

Précédemment, la table ronde consacrée à l’ingénierie de formation au regard de la transformation du travail a
donné la parole aux organismes de formation qui font parfois appel à des chercheurs pour rénover leurs référentiels et leurs pratiques, les adapter au travail et aux élèves.

Ainsi, des universitaires accompagnent l’Afpa pour l’aider à proposer des formations « plus courtes et moins chères, à intégrer du numérique à distance, à l’articuler avec l’apprentissage en atelier et à rendre la période en entreprise plus efficace  », explique Virginie Lassalle, directrice de la pédagogie à l’Afpa. « L’avantage est que les formateurs Afpa sont des experts du métier et ont une expérience des conditions réelles de travail  ».

Institut Paul Bocuse et École de la deuxième chance

De son côté l’Institut Paul Bocuse, qui délivre des licences et des masters professionnels de cuisiniers et managers d’hôtellerie, souhaitait revoir les contenus de formation pour revaloriser les métiers du service en salle. « Après une observation en immersion, une chercheuse a proposé des pistes d’amélioration : mieux coordonner le restaurant-école avec les autres cours (d’éducation au goût, de théâtre, etc.), utiliser la vidéo, rallonger le temps de formation  », rapporte Laurent Veillard, maître de conférences à l’université Lyon-II.

Enfin, le réseau des Écoles de la deuxième chance, mis au défi d’intéresser un public de jeunes décrocheurs, a réinterrogé ses pratiques. « Le modèle pédagogique, peu discuté, était très scolaire et fondé sur des enseignements académiques  », explique Isabelle Houot, maître de conférences à l’université de Lorraine. Pendant la recherche-action, les formateurs ont travaillé collectivement et modifié la manière d’accueillir les élèves de retour de stage en entreprise : « Avant d’aborder l’activité en elle-même, ils les ont fait d’abord parler de leur ressenti de stage, pour donner du sens à l’expérience vécue et aux apprentissages.  »


Centre Inffo, Mariette Kammerer