« Le CPF doit servir à favoriser l’accès à la formation pour obtenir une certification » (Présidence du Copanef)




Quel bilan provisoire, trois ans après l’entrée en vigueur du compte personnel de formation, issu de la loi du 5 mars 2014 ? Deuxième volet de notre entretien écrit avec la présidence du Copanef. Volet 2/2.


Quelles évolutions/améliorations suggérez-vous pour le CPF (pour que les salariés et les entreprises s’en emparent davantage dans une logique de co-investissement par exemple) ?

Il y a un enjeu de clarification de ce qu’est le CPF. Il s’inscrit, comme vous l’indiquez, dans une logique de co-investissement. La responsabilité du développement des compétences est collective. En mobilisant ses heures, un actif marque son engagement dans un projet. C’est lui qui abonde par son CPF un projet de formation, en l’initiant ou en y adhérant, et pas l’inverse.

Le CPF ne renverse pas l’ordre des responsabilités de la sécurisation des parcours, il favorise la prise d’initiative et l’engagement des actifs dans la construction de leurs parcours.

Nous pouvons faire le même constat sur le CPF que sur la VAE ou tout autre levier au service des individus. C’est dans les entreprises qui s’en sont emparé, non pas à la place des salariés, mais avec eux, que le CPF se développe le plus. On peut parfois craindre un transfert du plan de formation vers le CPF. Ça peut exister. Mais à l’inverse, dans une entreprise qui laisse le salarié seul face à son CPF, il n’y a pas de dynamique. Dit autrement, dans l’entreprise comme dans les territoires, il nous faut travailler aux environnements « porteurs », qui favorisent la lisibilité des dispositifs et l’engagement des personnes.

Faudrait-il simplifier le système de listes ? Élargir le nombre de certifications éligibles ?

Pour permettre à chacun d’être acteur de son parcours, il faut rendre lisible et compréhensible tout le système de formation professionnelle. Mais la quête d’autonomie est une question fondamentalement collective. Il faut à chacun des repères, des appuis, un accompagnement.

Les listes sont l’un de ces repères. Il y a un enjeu fort pour pouvoir accéder à ces listes. Plus généralement, les travaux de l’année 2017 sur le système d’information visent à favoriser son appropriation par les actifs : refonte du moteur de recherche, facilitation de l’usage du système informatique (SI) en autonomie par les salariés comme les demandeurs d’emploi, accès direct aux organismes de formation, jusqu’aux sessions de formation liées à la certification visées, etc.

Mais il faut aussi se poser des questions sur le fond. À quoi doit servir le CPF ? À favoriser l’accès à la formation pour obtenir une certification.

Notre responsabilité est de promouvoir les certifications qui sécurisent les parcours professionnels et permettent de trouver ou retrouver un emploi. Dans Copanef, il y a emploi. La formation en est un des moyens, mais ce n’est pas, en soi, un objectif.

Or, les demandes de CPF se concentrent sur un nombre très faible de certifications éligibles. Nous avons demandé aux services du Fonds paritaire (FPSPP) de creuser cette question. Est-ce un problème de visibilité dans le système d’information ? Est-ce un problème d’information sur l’utilité de ces certifications pour l’emploi ? Pour le moment, nous n’avons pas un diagnostic partagé sur ces interrogations.

Il faut simplifier l’accès aux listes, c’est une évidence. La question n’est pas d’élargir les listes dans une logique quantitative (ce qui serait une manière de ne pas assumer nos responsabilités), mais de démontrer le sens qu’elles ont et de les faire évoluer dans la perspective permanente de l’emploi.

Le Copanef a-t-il eu, en interne, un débat sur la monétarisation du CPF (en lien avec ce que coûte réellement l’abondement du CPF des demandeurs d’emploi de 100 heures par exemple, et à la lecture de l’étude de l’Institut Montaigne qui propose un capital emploi formation) ?

Le débat sur la monétarisation a eu lieu lors de la négociation de l’ANI du 14 décembre 2013, et il a été tranché : les compteurs sont des compteurs de temps et non un capital en euros. C’est cohérent avec le diagnostic des partenaires sociaux sur l’accompagnement.

Le risque de la monétarisation, c’est de considérer que l’argent suffit et de renvoyer toute la responsabilité sur les individus. Le Copanef met en œuvre les orientations définies par les partenaires sociaux dans le cadre fixé par le législateur. Si le débat doit être ouvert à nouveau, ce sont les organisations membres du Copanef qui se positionneront.

Sur la dotation (qui n’est pas au sens strict un abondement) jusqu’à concurrence des 100 heures, l’annexe financière État-FPSPP fixe la feuille de route : « Les partenaires sociaux conduisent, avant le 30 avril 2017, une réflexion sur les perspectives et les modalités de sortie du dispositif d’abondement de 100 heures, dans le cadre d’une réflexion plus large sur le financement des heures CPF mobilisées par les demandeurs d’emploi permettant de soutenir leur accès à des formations certifiantes, lorsqu’ils disposent de peu ou de pas d’heures acquises au titre du CPF. La restitution de ces travaux sera présentée à l’État. »

Nous y travaillons donc, dans le dialogue avec Pôle emploi !


Centre Inffo, Valérie Grasset-Morel