Les Opca anticipent la réforme de la formation




La réforme de la formation porte en germe la fin de l’intermédiation et une évolution de la gestion paritaire des organismes de financement de la formation. Face à ces annonces, les Opca affirment la plus-value du paritarisme, la qualité des services qu’ils rendent à leurs adhérents et leur capacité à s’adapter.


Faut-il craindre la réforme annoncée de la formation ? Alors que la période de concertation avec les partenaires sociaux s’ouvre à l’automne, les Opca, bras armés des politiques de branche, sèment quelques graines pour affirmer leur légitimité tout en affichant leur sérénité.
Philippe Huguenin-Génie, délégué général du Forco, l’Opca du commerce et de la distribution, a “bon espoir. Notre rôle est reconnu et notre secteur professionnel doit relever les mêmes défis que l’ensemble du pays : l’insertion des jeunes et la promotion sociale”. L’Opca-Octa, qui accompagne plus de 40 000 alternants, se dit prêt à “accompagner l’ambition du nouveau président et de son gouvernement : nous sommes l’un des acteurs les plus dynamiques en matière d’alternance et nous avons matière à proposer une offre de services qui contribue à la baisse du chômage des jeunes”.  

Une sérénité affichée 

Même sérénité du côté d’Opcalia. Yves Hinnekint, directeur général de l’Opca interbranches, en est convaincu : “Le vrai sujet, c’est l’insertion des jeunes par l’alternance et la réintégration dans l’emploi des demandeurs d’emploi.” L’Ocpa, qui a accompagné 80 000 alternants en 2016, se tient “à la disposition des pouvoirs publics pour co-construire la suite et faire évoluer la mécanique de l’apprentissage”.

Habitués aux réformes, les Opca revendiquent leur capacité d’adaptation. “La réforme, c’est notre lot tous les cinq ans... Mais avant d’en lancer une nouvelle, j’invite les uns et les autres à analyser la plus-value du paritarisme en formation, poursuit Yves Hinnekint. C’est l’un des rares endroits qui joue un rôle d’amortisseur social, avec des débats paritaires et convergents, dans l’intérêt du salarié, pour l’amélioration de ses compétences et de l’entreprise.”  

Opcalia dispose désormais d’un outil pour nourrir la réflexion : en septembre dernier, il a commandité une étude au cabinet Goodwill Management, “Formation professionnelle et valeur sociétale apportée par Opcalia”. Elle démontre qu’un euro investi dans l’accompagnement vers l’emploi rapporte 5,30 euros à la collectivité. Opcalia aurait apporté à son écosystème une valeur nette de 217 millions d’euros en 2015. 

Des actions communes 

“Cette étude met en lumière l’utilité socio-économique de l’intervention d’un Opca, et vient également démentir l’idée reçue d’Opca cantonnés au rôle de collecteurs”, souligne le directeur général2. Il précise : “On se pose souvent la question de l’efficacité de tel dispositif, mais jamais celle de la performance de nos organisations : un système paritaire est-il producteur de valeur ajoutée au niveau d’une politique de branche, d’un territoire ; quelle est notre contribution à l’économie d’un pays ?”  
Cette démarche a séduit plusieurs Opca, qui réfléchissent aujourd’hui à engager une étude commune. “Nous essayons d’avancer ensemble sur des sujets d’intérêt commun, précise Joël Ruiz, directeur général d’Agefos-PME. Le premier sujet, c’est le GIE Datadock et la qualité de la formation, un outil de référencement sans précédent. Ensuite, l’étude Goodwill. Nous pensons que c’est le moment de la faire.”  
Philippe Huguenin-Génie précise : “Bon nombre de mes collègues directeurs d’Opca vont s’inscrire dans cette démarche, avec un tronc commun et des spécificités selon les branches et l’histoire de nos organisations respectives. Toute la force des Opca est de mettre en place des dispositifs régaliens et de s’adapter aux enjeux de nos branches. Nous ne sommes que des outils à leur disposition et nous avons prouvé, notamment avec le plan 500 000, notre réactivité, efficacité et pragmatisme.”

Des orientations stratégiques

Incontournables, certes, mais Agefos-PME a toutefois préféré prendre la parole avant l’été pour afficher des orientations stratégiques 2018-2020. “C’est un acte politique délibéré, c’est vrai, souligne Joël Ruiz. Ces orientations ont été adoptées à l’unanimité des membres du conseil d’administration, où siègent plusieurs délégués confédéraux.”  
La quatrième orientation, “Accompagner l’individualisation des parcours”, prend acte de la volonté gouvernementale de rendre l’individu acteur de son parcours professionnel. Selon Joël Ruiz, les Opca doivent être en mesure d’avancer sur un plan très opérationnel et technique dans notre offre de services et d’information sur le CPF, à l’heure où le Président annonce que les individus doivent accéder par eux-mêmes aux informations. Sans faire concurrence aux Fongecif, qui déploient le conseil en évolution professionnelle, mais en complémentarité. 
D’ores et déjà, Agefos-PME relève qu’un tiers des demandes de CPF est à l’initiative des salariés à haut niveau de qualification. “S’il s’agit de lutter contre les inégalités, il faut toucher les populations les plus éloignées de la formation, reprend Joël Ruiz. Et c’est par l’action collective que nous pouvons y arriver. Il faut impérativement convaincre les pouvoirs publics de renforcer ce rôle d’intermédiation.”

La mutualisation des fonds au service de la qualification 

Le 14 juin dernier, les administrateurs Force ouvrière des Opca Unifaf, Uniformation, Actalians et ANFH ont appelé à “organiser la résistance” pour “préserver les Opca et le paritarisme”.
Les administrateurs s’inquiètent de la fin de la mutualisation des moyens, de la suppression
de l’intermédiation assurée par les Opca et d’un possible transfert de la collecte à l’Urssaf.
Le conseil fédéral FO Action sociale juge que “l’individualisation des droits des salariés dans le compte personnel de formation signerait la mort du Cif et de la mutualisation des fonds qui sont au service de la qualification des salariés, facteur de promotion sociale”.  


Centre Inffo, Christelle Destombes