Co-construire des politiques régionales de formation plus pertinentes (séminaire des Coparef)




Organisé par le Copanef, le premier séminaire des Coparef a réuni à huis clos lundi 30 mai 2016 l’ensemble des 17 comités régionaux. Avec un objectif central à la clé : définir les besoins emploi-formation pour co-construire des politiques de formation plus pertinentes.


Salle comble et ambiance studieuse, c’est ce qu’ont découvert les journalistes lorsque les portes se sont ouvertes au moment de la restitution des travaux de la journée. Pas de fumée blanche à l’issue de ce premier conclave mais des équipes en ordre de marche, qui ont pu échanger sur leurs besoins et esquisser à grands traits les pistes d’une démarche harmonisée.

« Comment établir en région les besoins emploi-formation pour co-construire des politiques de formation plus pertinentes ? ». Tel était le thème du séminaire introduit par la vice-présidente Florence Poivey et clos par le président Christian Janin. Les Coparef ont été fortement sollicités au cours de l’année écoulée. A la fois pour élaborer les listes de certifications interprofessionnelles éligibles au compte personnel de formation au niveau régional, et pour donner leur avis sur l’élaboration sur la carte des formations professionnelles initiales inscrite dans les futurs CPRDFOP (contrats de plan régionaux de développement des compétences). Le séminaire visait entre autres objectifs à faire un retour collectif sur les approches et méthodes utilisées par chaque Coparef pour diagnostiquer les besoins territoriaux emploi formation.

C’était aussi l’occasion de recenser les besoins des Coparef pour l’avenir et d’initier une réflexion collective sur le partage et la mutualisation possibles des approches.

"Intégrer la complexité dans les pratiques"

Sur les pratiques, une profusion d’outils existent : les observatoires prospectifs des métiers et des qualifications, les ressources des Carif-Oref, l’observatoire des transitions professionnelles des Fongecif, les bases de données régionalisées du FPSPP ou encore l’enquête BMO de Pôle emploi. Des outils essentiels qui gagneraient à être mieux coordonnés.

Commentant l’intervention de Marc-Antoine Estrade (FPSPP) qui appelait par exemple à ne pas « survaloriser » l’enquête BMO, Alain Druelles (Medef) précise qu’il ne s’agit pas de dénigrer l’outil mais de veiller à ne pas réduire son diagnostic à cette seule enquête. « Seuls 6 à 8 % du marché est couvert par cette enquête », nous précisait Philippe Dole, directeur général du FPSPP, qui réaffirmait la nécessité de « grandes précautions d’usage ».

Jean Cesbron, président du Coparef des Pays de la Loire, a regretté « le fonctionnement en silos de l’ensemble des acteurs ». Dans un contexte où le quadripartisme régional apparaît précisément à même de « casser ces silos et d’avoir un fonctionnement collaboratif ». Car l’objectif est bien de croiser les objectifs sectoriels et territoriaux, politiques des branches professionnelles et dynamiques interprofessionnelles pour élaborer des stratégies de formation les plus adaptées et à la compétitivité. Le président du Copanef Christian Janin a souligné l’engagement de ceux des territoires ou l’émiettement de la donnée professionnelle et interprofessionnelle. Le directeur général de Centre Inffo Julien Nizri, animateur du séminaire, a pointé l’engagement des Coparef, « réel et concret » sur des sujets aussi divers que les listes interprofessionnelles du compte personnel de formation, le certificat CléA, la contribution au CPRDFOP ou au plan 500 000.

Reste que la « complexité » — peut-être le maître mot du défi qui se pose aux Coparef — apparaît encore et toujours comme la problématique à « intégrer dans les pratiques ». Et c’est bien là où semble se dessiner un rôle pour le Copanef et les Coparef : celui d’ensemblier, essentiel pour croiser les diagnostics et mettre en place une véritable stratégie territoriale qui ne soit pas la simple agrégation des volontés de chacun.

Une co-construction permanente

Les participants ont fait valoir que les Coparef ont une légitimité inhérente plus forte que les instances précédentes. Même si elle n’en reste pas moins à construire. À cet égard, Christian Janin a souligné l’importance de se professionnaliser « pour devenir de vrais experts des sujets dans les instances que les Coparef pilotent ou co-construisent avec leurs interlocuteurs régionaux ». Autre enjeu structurel souligné ce jour, celui de « travailler ensemble », notamment par la mise en place d’une « mécanique interactive entre Copanef et Coparef ». Ici encore, la question de la « co-construction » apparaît essentielle pour ce « chantier Coparef, jeune mais ample et passionnant », pour reprendre la formulation de Jean Cesbron.

Bémol à cette présentation sans fausse note du paritarisme, Jean-Philippe Maréchal, conseiller confédéral pour la formation à la CGT et administrateur du FPSPP, tenait lui à relayer le désaccord de son organisation sur une partie des conclusions. Parmi lesquelles la nécessité de donner davantage de visibilité aux Coparef : « Être visible en tant qu’entité Coparef nous semble contestable : ce qui importe, ce sont les organisations qui constituent les Coparef, pas de lisser un pseudo dialogue social. » Et d’insister : « Nous ne partageons pas l’idée qu’il faille construire un entre-soi au niveau régional en matière d’emploi et de formation professionnelle. »

Pour Christian Janin, l’interpellation « pose la question de la capacité des Coparef à négocier un accord de méthode avant même de négocier sur les contenus ». Il souligne à cet égard qu’il peut y avoir des « lectures divergentes selon que l’on est dans l’urgence du Plan 500 000 ou dans la construction plus étagée du CPRDFOP ». Remarquant que les Coparef ont « démontré une certaine agilité et capacité à pouvoir partager les diagnostics dans l’urgence du Plan 500 000 », il précise le défi qui se pose aujourd’hui : « comment fait-on pour franchir un cap et aller au-delà, dans les marchés et dans les discussions avec les opérateurs ? » Si « le quadripartisme n’est pas un long fleuve tranquille, il ne faut pas se décourager et tenir bon, en relativisant ce qui relève des confrontations politiques légitimes », conseille-t-il. Évoquant à son tour un rôle d’ensemblier, il souligne que nombre de Coparef ont remonté le « renforcement du rôle de coordinateur entre OPCA ». Et estime à cet égard qu’un travail est à mener pour « essayer de faire changer d’attitude les administrations et conseils régionaux qui interpellent directement les OPCA ».

Sur la question de l’appui nécessaire aux Coparef pour poursuivre leurs travaux, le président du Copanef insiste notamment sur l’urgence du « chantier base de données » en incitant fortement les instances régionales à faire connaître leurs besoins réels : « il faut que vous preniez le risque d’investir les outils, ne serait-ce que pour nous dire ce qui est utile et inutile pour pouvoir construire ensemble une stratégie efficiente ».

À l’heure du bilan, le président du Copanef évoque « une journée utile qui a réuni l’ensemble des régions et 10 membres de chaque Coparef ». Preuve de la réalité du travail, il souligne qu’à l’exception des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, toutes les conventions auront été co-signées par l’État, les Coparef et les Conseils régionaux d’ici au 9 juin. Au terme d’une journée qui aura fait émerger de très nombreux chantiers, Christian Janin se plaît à y voir le « signe d’un dynamisme évident ». Et s’engage à « structurer des échanges réguliers entre le Copanef et les Coparef », invitant ces derniers à « ne pas hésiter à transmettre leurs idées ».


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Synthèse des échanges lors du séminaire


Nicolas Deguerry, Centre Inffo