Afest : « rendre la formation plus accessible, plus naturelle et plus simple ». Pierre Possémé, président du FPSPP




Le Copanef [1] et le FPSPP [2] organisaient mardi 2 octobre à Paris un séminaire de restitution de l’expérimentation « Afest – Actions de formation en situation de travail ». L’occasion de revenir sur les enjeux d’une innovation qui bouscule les frontières de la formation.


« En renouant avec la tradition multiséculaire de la transmission du savoir et du geste, l’action de formation en situation de travail apporte un prolongement concret à l’ambition portée par la loi du 5 septembre 2018 », a déclaré en introduction du séminaire le 2 octobre à Paris Pierre Possémé, président du FPSPP : « rendre la formation plus accessible, plus naturelle et plus simple ».

Souplesse

Pour Stéphane Lardy, directeur adjoint du cabinet de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, l’Afest et la loi viennent réinterroger la définition même de l’action de formation. Non pas seulement pour remettre au goût du jour l’héritage du compagnonnage, mais pour faciliter l’émergence d’ « autres formes d’apprentissage ». Refusant de réduire la problématique d’accès à la formation des TPE-PME à une simple question de mutualisation financière, il voit dans l’Afest une opportunité sans pareille « d’aller vers des organisations apprenantes ». Il le précise, un tel objectif requiert une « souplesse » qu’il conviendra de ne pas rigidifier dans les décrets à venir. À cet égard, Béatrice Delay, conseillère technique au Cnefop [3], souligne que si la définition du cadre réglementaire représente une étape indispensable, elle n’est pas suffisante : « il faut trouver un juste équilibre entre l’identification de leviers de contrôle et la nécessité de ne pas enfermer l’Afest dans un cadre trop étroit. »

Hybride

Remontant aux origines de l’expérimentation qui a vu une dizaine d’Opca accompagner une cinquantaine d’entreprises, Béatrice Delay évoque « l’intuition d’un relatif trou dans la raquette » : malgré un « constat partagé que la compétence se fabrique dans la confrontation à l’expérience de travail », il existe une « incapacité collective du système juridico-institutionnel à exploiter cette capacité ». Face à l’ultra-domination du stage de formation hors lieu de production, apparaît la nécessité d’inventer un nouveau type d’action de formation. Celui-ci se doit d’être tout à la fois « efficace, praticable par les entreprises et reconnu comme véritable action de formation ». Pour autant, « la vocation de l’Afest n’est pas de se substituer aux autres modalités de formation mais de les enrichir, y compris dans le cadre de dispositifs hybrides », précise-t-elle.

Réflexivité

Pour préserver la dynamique d’innovation recherchée, la dizaine d’Opca engagés dans les expérimentations avaient peu de contraintes : au moins une personne formée dans le cadre d’une mise en situation de travail qui autorise le droit à l’essai ou au tâtonnement ; au moins deux séquences articulées entre activité et réflexivité. Certainement le point le plus difficile à aborder dans les expérimentations, cette dimension réflexive conduit à penser en profondeur la question de l’ingénierie d’une Afest. S’engager dans une Afest n’est pas loin de revenir à ouvrir la boîte de Pandore, en ce sens que la démarche amène à « parler du travail et de ses conditions de réalisation », souligne la conseillère technique. Elle ne le cache pas, le « coût d’entrée » dans une démarche d’Afest est « indéniable » pour les TPE-PME. Mais dépasser cette difficulté n’est pas sans avantage : « il y a un véritable effet levier en termes d’outillage RH, d’organisation du travail, de la transmission et, au final, de la professionnalisation de l’employeur et d’une ré-internalisation de la fonction compétences ».

Notes

[1Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle.

[2Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels.

[3Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles.