Ces observatoires qui décryptent votre avenir #2 : Complémentarité indispensable entre Prospectives régionales et sectorielles




Avec la décentralisation et les compétences des Régions en matière de formation, les acteurs réalisant des projections d’emploi pour des filières ou des territoires ont vocation à mutualiser leurs travaux pour une meilleure opérationnalité. 


Depuis la fin des années 1990, l’État stratège est un acteur majeur des exercices de prospective : il a impulsé via les contrats d’études prospectives de branches (CEP) des actions de soutien et de développement de l’emploi, avec une approche globale, sectorielle ou territoriale. Damien Brochier, chef du département Travail, emploi, professionnalisation au Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), a participé à une vingtaine de CEP, pendant vingt ans.
Il explique : "Il s’agissait de faire un diagnostic le plus complet possible des ressources humaines, de la formation, des métiers et des compétences dans un secteur et de construire des scénarios d’évolution à moyen terme, prolongeant les tendances du passé vers l’avenir." Ces scénarios tendanciels tiennent compte des facteurs économiques, technologiques, réglementaires et sociétaux et s’assortissent de projections – haute, favorable et basse, plus défavorable. Ces scénarios, à cinq ou dix ans, sont complétés de recommandations stratégiques pour organiser les reconversions des salariés, développer des filières de formation adaptées aux nouveaux emplois, etc.

De nouveaux acteurs

La loi de 2009 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social a rendu obligatoire la création d’un observatoire prospectif des métiers et des qualifications (OPMQ) au sein de chaque branche. En 2011, le Céreq en dénombrait 126, dont 11 % seulement préexistaient à l’accord interprofessionnel du 5 octobre 2009.

Or, les OPQM sont d’autant plus susceptibles de réaliser des travaux de prospective qu’ils "ont accumulé de l’expertise, des moyens humains et financiers, des bases de données (statistiques et métiers)", note le Céreq. Les OPMQ, parfois monobranches ou multiprofessionnels, réalisent des travaux homogènes : études variées (sur la GPEC, la formation, les besoins en recrutement, la gestion des âges, les certifications, l’égalité professionnelle, etc.), des cartographies de métiers, des études statistiques sur les recrutements.

Émilie Rousseau, directrice Branches et observatoire du Forco, Opca qui regroupe treize branches du commerce, détaille ses productions : "Tous les ans, nous produisons des Portraits de région, des Panoramas de branches – données économiques, sociologiques et d’emploi, bilan formation – à destination des secrétariats de branche et une synthèse Repères et tendances, diffusée à tous."

Des travaux plus prospectifs sont aussi réalisés, pouvant concerner une ou plusieurs branches, sur des thématiques transversales : alternance, handicap, impact du digital, etc. Exemple ? “L’étude sur l’évolution prospective du commerce organisé a abouti à la création d’un site internet, qui permet d’orienter la prise de décision de nos entreprises”, explique Antoine Solanet, responsable des affaires sociales de la Fédération des enseignes de l’habillement (FEH).
La Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle (CPNEFP) Commerce succursaliste de l’habillement a aussi dédié des financements pour des formations prioritaires (digitalisation des magasins, etc.).

L’apport des Régions

Avec les contrats de projets État-Région 2007-2013, les Observatoires régionaux emploi-formation (Oref) se sont vu assigner une mission d’"anticipation et accompagnement des mutations économiques". La circulaire de la DGEFP du 25 juillet 2011 précise leurs missions : “Un rôle d’appui technique au Crefop, d’analyse de la relation emploi-formation et d’assembleur de données régionales sur le champ emploi, orientation, formation”, résume Ludovic Bertrand, directeur de l’observatoire au Gip Alpha Centre Val de Loire.

Il s’agit de produire des diagnostics, construits et partagés avec les acteurs, ce qui s’effectue variablement selon les régions. "En région Centre, les habitudes partenariales sont très développées. Les thématiques de travail sont décidées de façon consensuelle, entre l’État, le Medef, la Région, les représentants des salariés."

Sans état des lieux commun et partagé, il n’y aurait pas de démarche prospective ni d’actions efficaces

Mutualiser les travaux avec les observatoires de branches est un réflexe plus récent. Ainsi, le Forco a récemment pris des contacts avec quatre Oref pour s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. Avec la régionalisation du contrat de filière alimentaire, un dossier sectoriel prospectif a été réalisé par le Gip Alpha et Opcalim "Les scénarios au niveau national ne peuvent pas se décliner au niveau régional, témoigne Caroline Cohen, directrice des études emploi-formation chez Opcalim. Il faut tenir compte du tissu économique régional."
Pour outiller les acteurs, Caroline Cohen et Ludovic Bertrand ont produit un rapport pour le REC, "Prospective régionale et sectorielle de l’emploi", qui insiste sur les prérequis : un état des lieux complet, des statistiques fiables, un langage et un périmètre communs.

"Bénéficier de données stables et fiables est un véritable enjeu, pour créer un état des lieux commun et partagé. Sans cela, nous ne pouvons pas mettre en place de démarche prospective ni d’actions efficaces", souligne Caroline Cohen. "Les politiques emploi-formation sont de plus en plus régionalisées, glisse son collègue. Il n’y a pas de doublons entre travaux nationaux et régionaux, mais une complémentarité."  


Centre Inffo, Christelle Destombes
Inffo Formation N°929