Ces observatoires qui décryptent votre avenir #1 : Le Réseau emplois compétences, l’union des forces 




Fruit de la volonté de l’État et des partenaires sociaux, le Réseau emplois compétences (REC) réunit les acteurs-clés de la prospective emploi-formation, notamment aux plans régional et sectoriel. Il travaille actuellement sur sa nouvelle feuille de route.


"À l’issue de la grande conférence sociale de juin 2013, nous avons exprimé la nécessité de comprendre les besoins en emplois et en compétences. À ce titre, le lancement du Réseau emplois compétences (REC) est la concrétisation d’une vision partagée avec pour objectif de gagner la bataille pour l’emploi", déclarait François Rebsamen, ancien ministre du Travail, lors de la première Journée nationale du REC, organisée par France Stratégie en avril 2015.

Initiative partagée de l’État et des partenaires sociaux, le REC est animé par France Stratégie, le laboratoire d’idées public, avec pour mission : "Accompagner les mutations économiques, outiller les acteurs de l’emploi et de la formation, et coordonner l’ensemble des acteurs qui réalisent des démarches d’observation et de prospective emplois et compétences pour rendre visible la diffusion des bonnes pratiques."

Créer un espace de dialogue pour que les acteurs de niveau national, régional et sectoriel puissent partager sur les enjeux méthodologiques

"Il fallait créer un espace de dialogue pour que les acteurs de niveau national, régional et sectoriel puissent partager sur les enjeux méthodologiques et produire des diagnostics partagés sur le lien emploi-formation, afin de nourrir la réflexion des décideurs", explique Sandrine Aboubadra-Pauly, responsable du projet prospective, métiers et qualifications à France Stratégie.
Cet art de concevoir "l’ensemble des futurs possibles" est un exercice pratiqué dans de nombreuses instances, sans méthodologie commune, chacun travaillant pour son commanditaire. "Il est parfois difficile d’identifier la « bonne » étude pour établir une carte de formation ou réorienter une politique", glisse Sandrine Aboubadra-Pauly.

Un groupe informel

Sans forme juridique propre, le Réseau est un lieu d’échanges qui fonctionne sur l’engagement des acteurs. Un comité de pilotage a été mis en place, pour proposer des thèmes de travail, organiser le travail et inviter les volontaires à les rejoindre. Le REC ayant la capacité de s’autosaisir de thématiques, trois groupes de travail ont été constitués, l’un sur les compétences transversales transférables, le deuxième sur les méthodologies et l’usage des exercices de prospective des métiers et qualifications, le troisième sur les modes d’alimentation des métiers. Ces différents groupes ont rendu leurs rapports avant l’été.

Des espaces de construction d’une culture commune

Deux autres groupes ont été créés pour répondre à la commande publique : l’une du ministère du Travail, sur la question de l’emploi saisonnier en France ; l’autre du Conseil national de l’industrie, sur les emplois et les compétences de la filière numérique. "Nous avons créé des espaces de construction d’une culture commune dans ces groupes de travail, relate Sandrine Aboubadra-Pauly. Cela permet de faire émerger des pistes de réflexion à poursuivre au sein du Réseau ou des institutions membres."

Objectif : plus d’opérationnalité

Damien Brochier, chef du département Travail, emploi, professionnalisation au Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), a participé au groupe de travail sur la filière numérique. Il estime que le REC procure une plus grande liberté, en réunissant experts et professionnels, et permet d’expérimenter de nouvelles méthodes de prospective : “Le Conseil national de l’industrie nous a demandé d’élaborer une vision prospective et partagée des emplois et des compétences (VPPEC). En règle générale, les démarches sont commanditées par l’État et/ou des partenaires sociaux à des prestataires alors que dans ce cadre, ils ont construit ensemble une vision partagée.”

La démarche, de courte durée (huit mois), se veut plus opérationnelle : "C’est de la prospective appliquée, en pyramide inversée, explique Damien Brochier. On imagine comment la filière va se développer d’ici cinq à dix ans, pour voir ce que cela induit en termes d’évolution des métiers et d’adaptation des formations initiale ou continue." Certes, le numérique est un secteur particulier : "Les IUT peuvent monter des formations rapidement, les entreprises s’engagent directement dans la gestion de la relation emploi-formation, il y a un intérêt mutuel à travailler les uns avec les autres." Mais ce type de démarche pourrait se généraliser.
"Il existe aujourd’hui une injonction à produire des réflexions communes, partager des connaissances entre les observatoires, souligne Damien Brocher. Si le réseau n’existait pas, il faudrait l’inventer…" S’ouvrir à plus d’observatoires de branche, associer les syndicats au comité de pilotage, continuer les échanges, mutualiser les pratiques, autant de pistes de travail pour les prochaines années pour le REC, qui appelle les bonnes volontés à le rejoindre dans cette dynamique.


Les acteurs du Réseau emploi compétences 

Le réseau REC réunit :

  • les producteurs de travaux d’observation et de prospective emplois et compétences des services de l’État (Dares, Céreq), des observatoires régionaux emploi-formation (Oref), des observatoires prospectifs des métiers, des qualifications et des compétences (OPMQC) mis en place par les branches, des observatoires transversaux ;
  • les décideurs publics et économiques en charge de définir les stratégies et les actions en matière de développement économique, d’emploi, d’orientation et de formation professionnelle (Apec, Pôle emploi, DGEFP, Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, Cnefop, ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, etc.). Centre Inffo en est partenaire. 

3 questions à Jean-Christophe Sciberras

Président du Réseau emplois compétences, directeur des relations sociales et de l’innovation sociale et DRH France du groupe Solvay.

Quel bilan dressez-vous des deux ans du REC ?

Je le préside depuis un an, période pendant laquelle les travaux qui avaient été lancés récédemment ont abouti. Cinq rapports ont été publiés : pour une organisation assez légère, nous avons été productifs ! Il me semble qu’il n’y a pas en France de lieu équivalent pour produire de la réflexion et du diagnostic sur les questions emploi-formation. Nous réunissons les bons acteurs : les branches, les pouvoirs publics, les organismes spécialisés, les branches professionnelles, le monde de l’économie. C’est bien l’illustration du rôle de France Stratégie, de réunir des acteurs et de leur offrir un lieu de production collective. 

Comment le Réseau emplois compétences va-t-il évoluer ?

Nous avons élaboré un questionnaire auprès des membres et il en ressort le souhait partagé que le REC reste d’abord un espace d’échanges de pratiques et de méthodologies. Il y a des enjeux pour renforcer la participation des partenaires sociaux (les syndicats notamment), pour enrichir le comité de pilotage, en y invitant notamment l’Afpa, pour la dimension formation. Nous devons aussi développer la communication en couvrant mieux le champ de nos clients finaux potentiels.
Et nous avons clarifié les choses sur le fait que notre rôle, outre donner de l’éclairage à moyen terme, est aussi d’anticiper les évolutions de demain. 

Quelle est la force du REC ?

Ce sont les personnes qui appartiennent au réseau et les acteurs qui y sont représentés.
Nous ne sommes pas un organisme consultatif, nous construisons du contexte pour éclairer les acteurs sur les décisions qu’ils ont à prendre.


Centre Inffo, Christelle Destombes
Inffo Formation N°929