CléA #1 : Le secteur alimentaire commence à s’approprier CléA




Les 33 branches professionnelles du secteur alimentaire ont commencé à mettre en place CléA. Bilan du dispositif, un an et demi après son lancement.


Créé par les partenaires sociaux (décret du 13 février 2015), le certificat CléA a été lancé officiellement le 21 janvier 2016. À ce titre, les 33 branches professionnelles du secteur alimentaire ont obtenu de façon collective la délégation pour délivrer ce certificat à partir d’une démarche adaptée aux réalités de leur secteur.

“Depuis 2012, à travers un contrat de filière signé entre les partenaires sociaux de la filière alimentaire et l’État, nos branches disposaient déjà d’un outil spécifique d’acquisition des connaissances et des compétences-clés adapté à leur public et baptisé MSF (maîtrise des savoirs fondamentaux)”, précise Jean-Pierre Dufour, directeur du développement et des partenariats chez Opcalim, l’Opca en charge des entreprises de l’industrie alimentaire, de la coopération agricole et de l’alimentation en détail. “Dans ce cadre, près de 1 300 salariés s’étaient engagés dans des parcours de formation visant l’acquisition de ce socle”, ajoute-t-il.

Avec le dispositif “Maîtrise des savoirs fondamentaux”

Depuis la création du CléA, les branches professionnelles du secteur alimentaire ont entrepris un travail d’analyse et de rapprochement avec le dispositif MSF. “Pour ce faire, nous nous appuyons sur un réseau de prestataires habilités à dispenser la formation visant ce nouveau certificat”, ajoute Jean-Pierre Dufour.
Selon ce dernier, 15 % des salariés de la filière alimentaire ne maîtrisent pas suffisamment les savoirs fondamentaux (lire et écrire, calculer, se repérer dans l’espace et le temps…) dans un environnement de travail en constante évolution. “Ce déficit de formation de leurs collaborateurs présente des risques pour nos entreprises qui éprouvent régulièrement des difficultés à mettre en œuvre des projets difficiles ou qui peuvent faire face à des dysfonctionnements dans leur activité, en raison d’une inadaptation de leurs salariés à des nouveaux matériels, à l’utilisation d’outils numériques”, analyse Jean-Pierre Dufour. Côté salarié, le risque est de peiner à suivre l’évolution de l’entreprise et de compromettre son employabilité.

Une évaluation à travers une plateforme en ligne

Concrètement, le Copanef (Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation), qui définit les orientations politiques des partenaires sociaux en la matière, a validé les deux modes d’évaluation CléA proposés par Opcalim pour le compte des branches : une évaluation en continu, sur le modèle MSF, et une évaluation amont et aval, sur le modèle défini par le Copanef.
Les deux types d’évaluations sont effectués à partir d’une plateforme en ligne adaptée au certificat CléA. Outre un réseau d’organismes de formation sélectionnés pour leur expertise par Opcalim et spécialement formés à la démarche, des outils de communication et de diagnostic ont été créés.

Le bilan du CléA ?
“Pour l’instant, peu de salariés ont obtenu le certificat, car le parcours de formation est long et le niveau d’exigence assez élevé. Au total, 40 certificats ont été délivrés”, explique Jean-Pierre Dufour. En quoi consiste la contextualisation de la démarche CléA dans le secteur alimentaire ? Les employés engagés dans la démarche de certification doivent, par exemple, savoir lire des étiquettes, déceler des erreurs d’étiquetage, lire un tableau (affectation du personnel, consommation, productivité), rédiger un court message (cahier de liaison, tableau), faire un compte rendu des résultats de l’activité ou encore émettre des réserves sur des documents de transport.

Par ailleurs, pour l’obtention du CléA alimentaire, il faut élaborer des objectifs de progrès professionnels consistant à définir des capacités à acquérir par les participants à l’issue du projet. Ces objectifs représentent, pour l’organisme de formation, les attendus en termes de capacité à l’issue du parcours de formation. Exemples de ces objectifs professionnels : gérer les aléas, développer la prise d’initiatives, transférer en situation de travail les acquis des formations, mettre en œuvre des outils automatisés ou informatisés.
“Notre plateforme d’évaluation CléA permet une évaluation scénarisée s’appuyant sur des supports du monde professionnel, mais aussi une traçabilité des parcours des candidats jusqu’à la délivrance totale ou partielle du certificat”, précise Jean-Pierre Dufour.

Les dossiers de candidats ayant validé un ou plusieurs domaines, voire la totalité du CléA sont présentés à un jury paritaire interbranche du secteur alimentaire qui délivre une attestation de validation de domaine ou le certificat CléA. Et Jean-Pierre Dufour le précise : “Les informations concernant les acquis des stagiaires sont capitalisées au niveau national interprofessionnel.” 


4 étapes pour obtenir la certification

CléA est une certification interprofessionnelle conçue par les partenaires sociaux et gérée par le Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation (Copanef). Il valide les sept modules du “socle de connaissances et de compétences professionnelles” (formellement définis par le décret n° 2015-172 du 13 février 2015), mais le processus permet aussi d’identifier une compétence manquante.
L’organisme évaluateur propose alors un parcours de formation personnalisé, que le candidat peut réaliser dans les cinq ans.
Il le suit dans un organisme de formation habilité. Puis le jury
de professionnels examine le dossier. S’il confirme que le candidat a validé les sept modules.

Testez-vous ! Quiz CléA


3 questions à Philippe Debruyne, vice-président du Copanef

Quel bilan pouvez-vous tirer de la mise en place du CléA ?

Le bilan est très encourageant. Depuis novembre 2015, 40 230 candidats se sont inscrits en vue d’obtenir ce certificat. À ce jour, 38 073 évaluations préalables ont été réalisées, dont 8 036 pour lesquelles les 7 domaines étaient acquis. Un peu moins de 30 000 formations ont été préconisées et 2 460 évaluations finales ont été réalisées. 10 496 candidats ont acquis l’ensemble des domaines. 56 branches professionnelles et les CPNAA [commissions paritaires nationales d’applications de l’accord] des deux Opca interprofessionnels se sont approprié CléA par délégation du Copanef. Cinq d’entre elles ont contextualisé le référentiel des compétences au regard de la réalité professionnelle concrète de leur mise en œuvre, pour mieux accompagner encore l’accès à CléA.

Les outils de repérage et d’intervention sont donc en place ?

Depuis 2014, chaque salarié doit bénéficier d’un entretien professionnel tous les deux ans. Cet entretien doit favoriser l’accès à la formation pour tous. Or pour les salariés les moins qualifiés, CléA représente un excellent levier pour entrer dans un processus de formation tout au long de sa vie.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Au sein du Copanef, le Comité observatoires et certifications (COC) accompagne la mise en œuvre du CléA. Suite à la journée d’étude de janvier 2017 avec les Coparef [Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation], des ajustements ont été élaborés pour faciliter le rôle des jurys paritaires. En lien avec la DGEFP, un travail de référencement des compétences transversales liées aux usages du numérique est en cours, au-delà de celles validées par CléA.


Éric Delon, Centre Inffo
Inffo Formation N°930