CléA #2 : Ces entreprises qui proposent CléA à leurs salariés




Entreprises et structures associatives ont entrepris d’utiliser CléA pour améliorer l’employabilité de leurs salariés. Exemple avec des adhérents d’Opcalia engagés dans la démarche.


Directrice du groupement d’employeurs (GE) breton Triskell, basé à Carhaix-Plouguer (Finistère) et qui travaille principalement avec des entreprises du secteur agroalimentaire, Christelle Pérennes se réjouit de l’arrivée du certificat CléA dans l’arsenal des outils de formation.

Une reconnaissance pour un nouveau départ


“J’ai longtemps proposé des formations aux savoirs de base, explique-t-elle. CléA présente l’avantage d’être une certification et de mettre ainsi en valeur des professionnels souvent peu qualifiés.”
Ce certificat permet aussi au groupement d’employeurs de remplir ses obligations au regard de l’entretien professionnel et du bilan à six ans, puisque, avec CléA, la formation complémentaire peut être réalisée dans les cinq ans suivant l’évaluation préalable.
Autre atout supplémentaire de CléA, pour la chef d’entreprise bretonne : il facilite la mise à disposition des salariés auprès des entreprises adhérentes du GE. CléA permet, par exemple, d’obtenir le diplôme de SST (sauveteur secouriste du travail), utile pour les agents de production, les conducteurs de ligne, les magasiniers ou les caristes.
“Leurs connaissances et leurs compétences sont reconnues dans un certificat. C’est un plus pour les employeurs et pour les collaborateurs, qui le mettent dans leur CV”, explique Cristelle Pérennes, qui souligne que les salariés s’étant engagés dans cette démarche prennent conscience des compétences qu’ils possèdent, qui, “souvent pour la première fois, sont reconnues par un certificat”.

Reprendre goût à la formation

Plusieurs lauréats du CléA au sein du GE ont d’ailleurs pris (ou repris) goût à la formation. C’est dans cet esprit que Nadine Kinckel, conseillère Opcalia Auvergne-Rhône-Alpes, a proposé CléA à Djamila Zitouni, directrice de la résidence étudiante Houille Blanche, à Grenoble, qui emploie environ 50 salariés, dont certains très peu qualifiés (agents d’entretien, de maintenance, employés administratifs).
“Cette démarche est intéressante car elle permet aux salariés d’évaluer leurs connaissances et, pour certains, présents depuis dix ans, de faire le point sur leurs compétences”, témoigne Djamila Zitouni.
Sur les onze salariés engagés dans cette démarche, tous ont suivi l’évaluation et huit ont obtenu CléA dans son intégralité, les autres se formant sur des domaines non validés. “Cette certification les valorise et leur redonne confiance, observe Djamila Zitouni. Il est difficile de convaincre les salariés de se former quand la plupart ont un niveau scolaire très bas (proche de l’illettrisme) ou qu’ils maîtrisent mal le français. Beaucoup n’osent même pas le demander.” Pour motiver, “il faudrait proposer davantage de formations de remise à niveau ou d’apprentissage du français”, suggère la directrice de Houille Blanche.

Sensibiliser les managers

Proposer aux salariés d’évaluer leurs connaissances et compétences de base, même dans le but d’obtenir une certification, ne va pourtant pas de soi, expliquent les spécialistes. Certains peuvent en effet s’interroger sur les motivations de leur employeur. Par ailleurs, il est nécessaire de sensibiliser les managers à cette démarche. “Ceci d’autant plus que la démarche s’effectue chez nous, sur le temps de travail”, confirme Séverine Benaiteau, chargée de mission d’Envie 2E 49, en Anjou, une entreprise d’insertion (EI) qui rénove et vend du matériel électroménager.
Plusieurs réunions d’équipe ont eu lieu pour expliquer le projet de l’entreprise, décrire le référentiel CléA, les étapes de la démarche… L’Infrep (Institut national pour la formation et la recherche sur l’éducation permanente), l’organisme évaluateur et formateur du CléA, s’est déplacé dans l’entreprise pour observer comment travaillaient les salariés et étudier la meilleure façon d’adapter son intervention aux contraintes de production d’Envie. Pour tenir compte de cette interaction entre le travail et la formation, le principe d’une demi-journée de formation par semaine au sein de l’entreprise sur une année, soit environ 90 heures par personne a été retenu.

Témoignage

Treize salariés d’Envie 2E 49 se sont engagés dans la démarche CléA en 2016. Un candidat a obtenu le certificat, les autres sont en formation. “Chaque mardi matin, de 8 à 10 heures, je suis ma formation dans les locaux d’Envie”, témoigne Michel Renaud, opérateur polyvalent sur la collecte d’appareils électroménagers. C’est son projet professionnel qui l’a convaincu de s’engager dans CléA. Pour décrocher le DEAVS (diplôme d’État auxiliaire de vie sociale) et s’occuper de personnes âgées, il a eu besoin de réapprendre les savoirs de base. “À 53 ans, je les ai pas mal oubliés… sans parler du numérique”, confie-t-il. Un projet qui a de quoi le motiver, d’autant plus que “la formation s’emboîte parfaitement avec [son] activité professionnelle et [qu’il n’a] pas de devoirs à faire à la maison…”

Au premier semestre 2017, quatre salariés se sont déjà lancés. Il faut dire que dès leur embauche, les nouveaux salariés d’Envie avaient été soumis à l’évaluation préalable CléA. “Les deux processus sont désormais liés chez nous”, précise Séverine Benaiteau. Et CléA a aussi modifié le rapport des salariés à la formation. “Les candidats veulent tellement obtenir ce nouveau certificat, que les rapports avec leur encadrant ont changé.” Ils n’hésitent plus à dire qu’ils ont besoin de se former. 


Éric Delon, Centre Inffo
Inffo Formation N°930