Force ouvrière revendique une autorité décisionnaire des partenaires sociaux au sein de France compétences




Une semaine après les annonces de Muriel Pénicaud le 5 mars sur la réforme de la formation professionnelle, les partenaires sociaux accusent le coup. Des discussions avec le gouvernement seront organisées tout au long du mois de mars. « Nous aimerions porter une parole unique », déclare Michel Beaugas, secrétaire confédéral emploi, chômage, formation de Force ouvrière lors d’un entretien accordé au Quotidien de la formation.


Il faut dire que l’enjeu est crucial pour les partenaires sociaux. Si un certain nombre de points de leur Ani ont été repris, la gestion paritaire au niveau national sera partagée avec l’État et les Régions au sein de l’agence France compétences, le Compte personnel de formation sera alimenté en euros et les Opca perdent la collecte de la contribution des entreprises à la formation.

Opposition au CPF monétisé

Pour le secrétaire confédéral FO et négociateur de l’accord national interprofessionnel [1], la monétisation du Compte personnel de formation (CPF) ne passe pas. « Nous avions négocié 35 heures par an. Il s’agissait d’une véritable avancée. En créditant le CPF de 500 euros par an, cette mesure va en réalité réduire les droits des salariés et ne gommera pas pour autant les inégalités socio-professionnelles », affirme Michel Beaugas qui met en garde sur les risques d’inflation des prix des formations et sur une régulation « à la main invisible » du marché. « C’est une erreur culturelle de passer aux euros, y compris pour les entreprises ». Les organisations syndicales se sont battues pour maintenir un droit à la reconversion professionnelle dans les mêmes conditions de l’actuel congé individuel de formation (Cif). « Le projet de réforme reprend ce droit mais nous serons attentifs à sa mise en œuvre notamment en terme d’abondements ».

Vigilance sur la quadripartisme

Autre droit renforcé par les partenaires sociaux dans l’Ani, le conseil en évolution professionnelle (CEP) a, été, lui aussi, confirmé dans les annonces faites par Muriel Pénicaud. En revanche, le choix des opérateurs par appel d’offres prévu dans le projet de réforme soulève la question de l’avenir des Fongecif que FO avait âprement défendu lors des négociations. « Dans ce schéma, il y a un risque que le marché du CEP soit capté par les organismes de formation ».

Sur le terrain de la gouvernance, Michel Beaugas regrette l’arbitrage du gouvernement sur le quadripartisme pour la nouvelle gouvernance nationale de la formation professionnelle. En effet, l’agence nationale France compétences se substituera aux trois instances actuelles (FPSPP [2], Cnefop [3] et Copanef [4]) et sera composée de trois collèges, l’État, les organisations patronales, les syndicats de salariés et les Régions. Michel Beaugas alerte sur une perte d’influence des partenaires sociaux dans cette configuration. « On peut craindre qu’un des trois collèges prenne la main. Nous voulons obtenir une commission dotée une autorité décisionnaire sur certains sujets comme le CEP et l’alternance au sein de France compétences ».


Catherine Trocquemé , Centre Inffo

Notes

[1Ani conclu le 22 février (voir notre article)

[2Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels

[3Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles

[4Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle