Grandes manœuvres autour d’un grand Opco des métiers de proximité et de l’artisanat




Les artisans vont-ils obtenir avec la réforme l’opérateur qu’ils revendiquent depuis longtemps ? Pas tout à fait. Mais la cartographie des futurs opérateurs de compétences proposée par le rapport Marx-Bagorski ouvre une brèche. Les auteurs ont retenu un opérateur dédié aux « services de proximité et artisanat ». Ce champ couvrirait les artisans, les professions libérales, les métiers de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme. Un choix dont se félicite l’U2P (Union des entreprises de proximité).


L’U2P (Union des entreprises de proximité) travaille depuis plusieurs mois sur un projet d’Opco (opérateur de compétences) en s’appuyant sur Actalians, l’actuel Opca des professions libérales. « Nous avons abouti à un projet d’accord le 13 juillet dernier. Nous espérons le finaliser fin octobre, début novembre », confirme au Quotidien de la formation Pierre Burban, secrétaire général de l’U2P. Restera ensuite le plus délicat, convaincre les branches de cette filière de rejoindre le nouvel Opca, baptisé Opca Pepss. La boucherie et la coiffure auraient déjà donné leur feu vert.

Une logique économique

La proposition construite par Opca Pepss reprend les grandes orientations inscrites dans la loi et colle avec les préconisations du rapport Marx-Bagorski. On y retrouve une logique économique autour des métiers de proximité et de l’artisanat. « Ce sont des activités caractérisées par une relation directe avec les clients, des circuits courts, un ancrage territorial fort ou encore par un environnement réglementaire contraignant », nous précise Arnaud Muret, directeur général d’Actalians. L’actuel Opca des professions libérales avance son savoir-faire et ses outils adaptés aux spécificités des plus petites entreprises. Actalians a ainsi conçu une offre de services multicanale combinant des outils en ligne, une plateforme téléphonique et un réseau de conseillers répartis sur tout le territoire. Son centre de R&D pousse les sujets de digitalisation et développe des solutions innovantes autour de thématiques identifiées comme stratégiques par les branches adhérentes : recrutement, pratiques managériales, nouvelles modalités de formation ou encore accompagnement des individus dans leurs parcours.

De nouvelles compétences

Le projet Opca Pepss anticipe les compétences nécessaires à la mise en œuvre des nouvelles missions qui seront confiées aux opérateurs de compétences. Parmi elles, des data-scientists épaulés par des économistes ou des sociologues pour analyser les transformations des métiers ; des contrôleurs de gestion pour établir le coût des contrats d’apprentissage ou encore des spécialistes de l’ingénierie de certification. « Les règles de gouvernance doivent garantir la prise en compte des besoins de toutes les branches adhérente », ajoute Pierre Burban qui rappelle que celles de l’U2P reposent sur le vote à l’unanimité. L’initiative portée par l’organisation patronale est aujourd’hui la seule qui se positionne sur l’opérateur de compétences des « services de proximité et de l’artisanat ». Mais le chemin est encore long pour fédérer les branches de ce champ qui sont, à ce jour, éparpillées dans de nombreux Opca. Les délais, eux, sont courts. Il ne reste que quelques mois aux branches pour choisir leur opérateur de compétences. Au 1er janvier 2019, l’État reprendra la main et pourra en désigner un d’office à toutes celles qui ne l’auraient fait. Date butoir des derniers agréments, le 1er avril 2019.


Catherine Trocquemé , Centre Inffo