L’essor des blocs de compétences implique de repenser le système de certification (Cereq)




Les blocs de compétences font partie des sujets explorés dans le cadre de la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Mais le développement de cette logique d’organisation des certifications pose un certain nombre de questions, selon une note publiée récemment par le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq).


La structuration des certifications en blocs de compétences devrait se confirmer et se développer à l’avenir. Comme le souligne dans une note, le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq), le rapport sur le développement de l’apprentissage remis au gouvernement le 30 janvier comporte des propositions en faveur de cette logique d’organisation des certification issue de la dernière réforme de la formation professionnelle. Le rapport préconise ainsi de revoir les diplômes tous les cinq ans et « d’inscrire tous les référentiels de certification dans une logique d’écriture en blocs de compétences », ceci afin de faciliter la mise en œuvre d’équivalences et de passerelles.

La logique des blocs de compétences est également mise en avant dans l’[accord sur la formation professionnelle que viennent de finaliser les partenaires sociaux. Selon eux, toutes les certifications doivent intégrer la notion de blocs de compétences ce qui permettra de « limiter la multiplication de certifications ayant le même objet et de faciliter les passerelles entre certifications. » À ce titre, les blocs de compétences constituent pour les partenaires sociaux « un puissant levier de modernisation » qui facilite « la mise en œuvre de la certification des acquis et l’individualisation des parcours. »

Hétérogénéité des pratiques

Mais cette logique issue de la mise en place du compte personnel de formation (CPF), en janvier 2015, pose une série de questions quant à l’évolution du système de certification. « En introduisant cette notion de blocs de compétences sans lui apporter de définition opérationnelle, le législateur a semé le trouble dans le paysage de la certification professionnelle », note le Cereq.

Dans une étude réalisée avec l’Afdet [1], le Cereq faisait le constat dès 2017 que le découpage en blocs s’opérait « de façon très hétérogène d’un certificateur à l’autre » (ministères, branches professionnelles, organismes privés ou consulaires). Sans régulation d’ensemble, la construction des blocs pourrait conduire à « une amplification du flou des compétences et des savoirs des individus sur le marché du travail avec un risque fort de balkanisation du système de certification. »

Pour que la logique de construction de parcours professionnel puisse se faire sur la base de l’acquisition progressive de blocs de compétences, une plus grande cohérence du système de certification est nécessaire, selon le Cereq. Cela passe notamment par la mise en place de blocs communs pour les compétences transversales ou par des systèmes d’équivalence de blocs entre plusieurs certificateurs, comme le font déjà certains acteurs.

Trois problématiques à résoudre

Dans ce contexte de développement des blocs de compétences, le Cereq identifie trois problématiques auxquelles il manque aujourd’hui des réponses concrètes. En premier lieu se pose la question de l’accompagnement des individus souhaitant obtenir une certification à partir de plusieurs blocs de compétences, sachant que s’orienter dans le paysage de la formation n’est pas simple.

D’autre part, le Cereq s’interroge sur la relation entre blocs de compétences et certification : « le bloc de compétences a-t-il vocation à s’autonomiser et devenir ainsi indépendant d’une certification inscrite au RNCP [2]. » Se pose aussi la question de la reconnaissance de ces « bouts » de certifications sur le marché du travail. « Risque t-on d’assister à un effritement de la notion de qualification et des repères professionnels et sociaux qui lui sont attachés ? », s’interroge le Cereq. Autant de questions qui trouveront peut-être des réponses dans la réforme à venir.


Estelle Durand, Centre Inffo


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Notes

[1Association française pour le développement de l’enseignement technique

[2Répertoire national des certifications professionnelles