L’offre de formation devra aussi faire son big bang




Dans le projet de réforme annoncé par Muriel Pénicaud le 5 mars, les salariés pourront mobiliser leur compte personnel de formation (CPF) sans intermédiaire. Cette nouvelle liberté des actifs voulue par le gouvernement implique une évolution en profondeur de l’offre de formation. Pour être présents sur l’application mobile du CPF, les organismes de formation vont devoir être certifiés à partir d’un cahier des charges défini par la future agence nationale, France compétences. Une montée en charge de la démarche qualité qui s’accompagnera également d’une nouvelle approche modulaire des actions de formation.


Un nouveau cahier des charges

La question de la régulation du marché de formation sur lequel se positionnent près de 75 000 organismes est devenu centrale depuis la dernière réforme de 2014. Les partenaires sociaux se sont emparés du sujet en créant Datadock [1]. Le projet de réforme veut aller plus loin à la fois dans le mécanisme de certification, l’évaluation et les critères choisis pour garantir la qualité des formations qui utilisent les fonds publics et mutualisés. En charge de cette mission, la nouvelle agence nationale France compétences devra ainsi définir un nouveau cahier des charges. Cette instance composée de trois collèges - État, Régions organisations patronales et syndicales – aura également un rôle d’observateur d’évolution des prix et de la qualité.

Si Datadock constitue un premier socle solide, on peut imaginer le renforcement d’une logique de résultats. Dans ce système de certification, les process de contrôle et d’évaluation de la qualité des organismes de formation devraient être consolidés. À ce cadre réglementé s’ajoutera une approche « marché » en rendant publiques les évaluations des utilisateurs. En effet, dans l’application mobile du CPF attendue fin 2019/début 2020 intégrera un outil type TripAdvisor reprenant les commentaires et les avis des salariés et des demandeurs d’emploi formés.

Une ingénierie modulaire

Le projet de réforme s’attaque également à l’évolution de l’ingénierie pédagogique. Les partenaires sociaux avaient déjà imposé dans leur Accord national interprofessionnel une démarche par blocs de compétences pour les certifications professionnelles. Muriel Pénicaud, lors de la présentation de son projet de réforme, a également insisté sur la nécessaire modularisation des formations. Le principe de pouvoir valider certains modules peut notamment permettre aux salariés de s’inscrire dans une formation plus longue. L’adaptation de l’offre de formation passera aussi par une refonte des référentiels du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et de l’Inventaire [2]. Enfin, la définition de l’action de formation élargie devrait encourager les innovations pédagogiques comme la formation en situation de travail (Fest) ou le digital learning.

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Catherine Trocquemé, Centre Inffo

Notes

[1Base de données partagée par la majorité des Opca et des Opacif, qui certifie le respect par les organismes enregistrés des vingt et un indicateurs définis à partir des six critères qualitatifs figurant dans le décret qualité

[2L’Inventaire a été créé par la loi de 2009. Il recense les certifications et habilitations correspondant à des compétences transversales exercées en situation professionnelle.