La CFE-CGC invite à construire un nouveau projet paritaire dans la formation professionnelle




Au siège de la CFE-CGC, on n’hésite pas à parler de « sidération ». Quelques jours après les annonces de Muriel Pénicaud, c’est en tout cas le sentiment de Jean-François Foucard, secrétaire national de la CFE-CGC. « Même si on savait que la collecte par les Urssaf et la monétisation du CPF [1] faisaient partie des projets du gouvernement, nous ne pouvons qu’acter la fin du paritarisme dans la formation professionnelle », explique-t-il dans un entretien accordé au Quotidien de la formation.


Pour le négociateur de l’Ani, les partenaires sociaux vivent un moment critique, « nous avons besoin d’une expression commune et d’un nouveau projet paritaire ». Le syndicat de l’encadrement s’interroge toutefois sur l’efficacité d’une gouvernance nationale quadripartite autour de la future agence nationale France compétences, qui remplacera les trois instances actuelles (FPSPP [2], Copanef [3], Cnefop [4]).

Perte d’influence

Pour Jean-François Foucard, le constat est clair, « l’expérience du quadripartisme n’a pas toujours été concluante. Les partenaires sociaux seront cantonnés à la mise en œuvre opérationnelle. L’État reprend donc la main. On peut regretter ce choix de gouvernance, mais les dés sont jetés ». Le syndicaliste préfère donc se tourner vers l’avenir. Un travail devra être mené par les partenaires sociaux pour restructurer, dans une logique de grandes filières économiques, les futurs opérateurs de compétences qui remplaceront les Opca. Le chantier devra être mené à marche forcée. Le gouvernement attend une première cartographie à la fin de l’année. « Il est essentiel d’assurer une bonne adéquation entre le nombre de branches professionnelles et le nombre d’opérateurs de compétences ».

Transitions professionnelles

Face au recul politique du paritarisme en matière de formation professionnelle, les partenaires sociaux doivent, selon le secrétaire national de la CFE-CGC, renouveler leur proposition. « Le syndicalisme est né pour répondre à des besoins. Nous devons donc réfléchir à un objet et défendre un nouveau projet ». Cela pourrait tourner autour de la question des transitions professionnelles portée depuis longtemps par Jean-François Foucard. Selon lui, ce sujet devient crucial dans une économie en pleine transformation et un monde du travail en constante évolution. « La gestion des parcours professionnels représente un véritable enjeu pour les salariés. Sa prise en charge notamment en terme d’accompagnement doit être à la hauteur », martèle t-il. Lors des discussions sur l’Ani celui qui est aussi vice-président de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) militait pour une « Apec des non cadres », regrettant que les partenaires sociaux ne soient pas allés plus loin sur l’accompagnement et les dispositifs de mobilité professionnelle.

Le pari risqué du CPF monétisé

Autre sujet d’inquiétude, l’évolution du CPF. L’Ani fixe la nouvelle alimentation annuelle de 35 heures et de 55 heures pour les non qualifiés. Le négociateur de l’Ani a, comme les chefs de file des autres délégations syndicales, défendu ce renforcement des droits et regrette l’arbitrage du gouvernement en faveur de la monétisation . « La monétisation du CPF tire ces droits vers le bas et ne pourra réellement fonctionner qu’avec un système d’abondements ». Par ailleurs, il alerte sur la capacité de financer ce CPF en euros placé par le gouvernement au cœur de la formation des actifs, si celui-ci rencontrait le succès attendu.


Catherine Trocquemé , Centre Inffo

Notes

[1Compte personnel de formation

[2Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels

[3Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle

[4Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles