La formation en situation de travail (Fest) : accompagnement et conditions de mise en oeuvre (Afpa-Cnam)




Quelles sont les conditions pour qu’une situation de travail soit formatrice ? Réunis autour d’une table ronde lors d’une journée d’étude intitulée « Analyses du travail et intentions formatives » organisée par le Cnam et l’Afpa le 14 septembre, les participants ont apporté leurs éclairages sur à cette question centrale.


Première condition, rappelle Anne-Lise Ulmann, maître de conférence au Cnam, la nature de l’activité doit s’y prêter. Ensuite, même si ça se passe sur le lieu de travail, il est selon elle indispensable de préserver deux temps : « le temps de l’action et celui de la réflexion sur l’action. »

Temps d’analyse et de réflexion

Cette idée de toujours prévoir une séquence pour élaborer une pensée sur l’action, est reprise par Béatrice Delay, conseillère technique au Cnefop [1]. Elle a suivi l’expérimentation Fest (formation en situation de travail) conduite par la DGEFP [2] et l’Anact [3] dont l’objectif est justement d’identifier les conditions - au niveau pédagogique et organisationnel – d’éligibilité et d’efficacité d’une Fest. « Il faut des espaces de réflexivité pour consolider les apprentissages  », affirme-t-elle en prenant l’exemple d’une expérimentation dans un centre vétérinaire : « Des gestes avaient du mal à être intégrés dans le cadre du contrat d’apprentissage ont été filmés et ré-analysés  ».

Toujours dans cette idée que la formation en situation de travail ne s’exonère pas d’une prise de recul, Patricia Remoussenard, professeure à l’Université Lille 3, propose d’écrire un récit de son activité professionnelle puis de le partager avec d’autres. « J’ai constaté que cette analyse du travail, réinvestie par la mémoire et par les mots, et discutée en groupe, de manière encadrée, accroît le potentiel formateur de la situation rapportée  ».

Changer de posture

La deuxième question qui a animé les intervenants, portait sur le rôle et les compétences des différents acteurs pour accompagner une Fest. Pour Patricia Remoussard, « ils doivent se doter d’une culture de l’analyse du travail  ». « Et savoir identifier dans le travail les moments qui peuvent être source d’apprentissage  », complète Anne-Lise Ulmann. « Ils doivent en outre s’interroger sur ce que la mise en situation de travail peut apporter de plus à l’apprentissage, et quelles tâches gagneraient à être enseignées en situation de travail  », ajoute-telle. Et, en matière d’ingénierie, partir de l’activité pour arriver au savoir.

Selon Béatrice Delay, l’expérimentation Fest, qui depuis 2015 a porté sur 21 actions avec la participation de 11 Opca, a nécessité l’adaptation des différents acteurs : « Les Opca ont évolué dans leur discours en direction des entreprises ; les organismes de formation ont accepté d’être plus dans une posture d’accompagnement que de sachant ; et les entreprises sont sorties d’une approche purement comptable de la formation  ». Elle observe que les cultures professionnelles déjà habituées à l’analyse des pratiques sont plus propices à la mise en place d’une Fest.


Mariette Kammerer, Centre Inffo

Notes

[1Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles

[2Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle

[3Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail