Certification #2 : La volonté d’une collaboration entre certificateurs




Une collaboration entre certificateurs offrirait de prometteuses perspectives au système français de certification professionnelle. 


Au vu des enjeux économiques et de compétences, la question de la construction des certifications professionnelles devrait trouver une sortie par le haut, au profit de tous les acteurs (citoyens, acteurs économiques, acteurs politiques). Ce qui nécessitera certainement une réforme de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP). 
Selon l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et celle de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), le système est sans doute à la fin d’un cycle. En cause : “La faible régulation de l’offre de certifications par la CNCP, en raison essentiellement de pouvoirs et de moyens limités.”  
“La CNCP se trouve en tension, entre des missions régaliennes établies depuis 2002, mais adossées à des pouvoirs de régulation particulièrement limités, des effectifs très réduits et des usages nouveaux des outils et dispositifs d’accès à la formation professionnelle”, reconnaît son président, George Asseraf. 

Trois scénarios de transformation 

Afin de donner un nouvel élan, les inspections proposent trois scénarios de transformation, selon une ambition croissante. 
Le premier : améliorer le fonctionnement du système en gardant pour l’essentiel le cadre actuel (donc sans renforcement significatif de la capacité de régulation de la CNCP). 
Le second consisterait à renforcer sensiblement la capacité de suivi et le pouvoir de recommandation de la CNCP, voire à lui octroyer un pouvoir contraignant de régulation vis-à-vis des ministères certificateurs et des branches professionnelles. 
Le troisième prévoit de refondre plus profondément le système en s’appuyant sur la mise en place, sous le pilotage de la CNCP, d’un nouveau référentiel national des compétences relatives à chaque métier, qui servirait de guide dans l’élaboration et la reconnaissance des certifications. 
“Les scénarios 2 et 3 reposent sur une recommandation forte : conférer à la CNCP un statut d’agence, pour la conforter dans ses missions, comme en Allemagne. Le choix sera politique, et, peut-être, figurera dans la prochaine réforme”, conclut George Asseraf. 
 

Trois initiatives des partenaires sociaux 

Autres ferments de sortie par le haut : les partenaires sociaux ont récemment lancé trois initiatives. Le Copanef propose ainsi que sa charte de la certification professionnelle (élaborée au sein de son comité Observatoires et certifications) soit partagée par tous les constructeurs de certifications. Cette charte concernerait donc toutes les certifications professionnelles, et pas seulement celles élaborées par les partenaires sociaux au niveau des branches et de l’interpro (CléA, CQP, CQPI et les nouveaux CCPI, lire ci-dessous). Objectif : déboucher sur des pratiques d’ingénierie communes. 

Autre initiative : le lancement de la charte paritaire du certificat de compétences professionnelles interbranches. “Les CCPI visent à répondre au besoin d’élaboration de certifications transverses”, explique Xavier Royer, co-animateur du comité Observatoires et certifications du Copanef. 
Concrètement : le Copanef créera des certifications professionnelles éligibles à la catégorie C de l’Inventaire, et les offrira librement et gratuitement au marché de la formation professionnelle. Chaque organisme de formation désireux de décerner cette certification CCPI à ses formés signera un engagement avec le Copanef. “La logique est de faire confiance a priori, et de contrôler ensuite”, confie Xavier Royer, qui met en avant l’ambition d’inversion des logiques. 
Objectif, cette fois : éviter que tous les organismes de formation privés ne déposent leur certification propre à l’Inventaire, ce qui alourdit le travail de la CNCP et rend illisible le panorama de ce type de certifications. 
 
Enfin, un projet est en phase de conclusion définitive entre l’État et les partenaires sociaux : le lancement d’un certificat commun État-Copanef relatif aux “usages des fondamentaux du numérique dans un environnement professionnel”. Il s’agira d’une certification regroupant de multiples co-constructeurs (Afpa, branches, DGEFP, Copanef, etc.). Ce serait une première, puisqu’aujourd’hui le dépôt ne peut être juridiquement fait que par un seul concepteur. 
Cette collaboration intercertificateurs porte un ferment crucial dans la réforme du système français de certification. Si le succès est définitif, il ouvre la voie à une nouvelle collaboration entre certificateurs.


Laurent Gérard, Centre Inffo
Inffo Formation n° 933