Le rapport relatif aux opérateurs de compétences « a fait le pari de la cohérence » (René Bagorski, co-auteur)




« Nous avons choisi de ne pas partir des outils, mais de déterminer des champs cohérents pour que les opérateurs de compétences puissent remplir leur mission  », a précisé René Bagorski, co-auteur d’un rapport sur ces nouveaux acteurs Les opérateurs de compétences : transformer la formation professionnelle pour répondre aux enjeux de compétences [1](lire notre article). Il est exprimé lors d’une table ronde organisée par l’Ajis [2]
mercredi 12 septembre.


Échangeant avec Jean-Pierre Willems, consultant spécialiste des questions de formation professionnelle, René Bagorski a reconnu que ce rapport bousculait les acteurs, leur représentativité et le paritarisme.

La place de l’interprofessionnel menacée ?

Créer onze nouveaux opérateurs de compétences (René Bagorski réfute l’acronyme Opco) au lieu des vingt actuels implique de repenser le positionnement des acteurs et, si le rapport relève « des points de vigilance pour la transition – sur l’habitude de travail en commun, le système de gouvernance, les différences d’offre de service », d’autres écueils ont été mentionnés lors de cette matinée.

Par exemple, la place des Opca interprofessionnels. Pour René Bagorski, « jusqu’en 1999, les deux structures interprofessionnelles [3] accueillaient les entreprises qui ne relevaient pas d’une convention collective. L’interprofessionnel aujourd’hui, c’est d’un côté 51 branches et 32 sections professionnelles, de l’autre 32 branches et 22 sections. Est-ce que l’interprofessionnel existe vraiment ?  ». Le président de l’Afref insiste : « Nous avons fait le pari de la cohérence et du fait que les branches se saisiront de l’outil pour rester maîtresses chez elles. Tous les Opca disparaissent, demain de nouveaux se créeront qui utiliseront l’intelligence existante. »

Fin du paritarisme de gestion

Pour Jean-Pierre Willems, le rapport aurait pu réfléchir à une articulation entre les actions des interprofessionnels au niveau des territoires et celles des branches. Selon lui, la réforme censée accompagner les politiques emploi/formation néglige le niveau local, où l’emploi se crée et où le paritarisme est faible. Elle crée selon lui des injonctions paradoxales : prônant la transversalité, elle maintient une verticalité politique en donnant un grand rôle aux branches, et marque « la fin du paritarisme de gestion ».

Également problématique, pour Jean-Pierre Willems, l’injonction faite aux acteurs de choisir un opérateur de compétences, sans avoir renégocié des accords de branche nécessaires pour mettre la réforme en œuvre. Ce sentiment « d’un mariage forcé » gêne les acteurs qui sont par ailleurs contraints par le calendrier. À défaut d’accord d’ici le 31 décembre, le gouvernement désignera l’opérateur de rattachement des branches. C’est potentiellement compliqué, estime Jean-Pierre Willems, qui note le côté « autoritaire du processus : orientation de la négociation, régulation et décret  ».

« Remettant en cause un certain nombre de pratiques, cherchant à sortir d’un système clanique », selon René Bagorski, le rapport n’est « pas une feuille de route prescriptive  ». La période d’auditions a offert l’opportunité de discussions et d’échanges que les différents acteurs avaient oubliés, y compris lorsqu’ils étaient dans le même Opca. De quoi susciter l’intelligence collective ?


Christelle Destombes, Centre Inffo

Notes

[1René Bagorski et Jean-Marie Marx. Le premier est président de l’Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation, le second est aujourd’hui haut-commissaire aux compétences et à l’inclusion par l’emploi.

[2Association des journalistes de l’information sociale.

[3Agefos-PME et Opcalia