Les Commissions paritaires régionales interprofessionnelles de l’artisanat peuvent devenir des lieux d’innovation en matière d’apprentissage




Quelle place pour les Commissions paritaires régionales interprofessionnelles de l’artisanat (CPRIA) dans le futur paysage de la formation professionnelle et de l’apprentissage ? Réunis jeudi 15 novembre lors de la septième édition de la Journée nationale des CPRIA, les représentants de l’U2P et des cinq syndicats de salariés qui animent ces espaces territoriaux de dialogue social spécifiques à l’artisanat ont esquissé plusieurs pistes à explorer.


Ces lieux « d’expertises mutualisées » selon les termes de François Hommeril, président de la CFE-CGC, sont en bonne place pour informer les employeurs et les salariés sur la réforme et les évolutions qu’elle implique. Mais d’autres possibilités s’offrent à ces instances paritaires dans la mesure où elles sont amenées à travailler sur des sujets tels que l’accès à l’emploi, la connaissance et l’attractivité des métiers, les besoins en recrutement, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Soutien local à l’apprentissage

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, les CPRIA peuvent devenir « des espaces d’innovation » sur de nombreux sujets, notamment sur l’apprentissage. Les problématiques d’hébergement ou de transport des apprentis font ainsi partie des champs dans lesquels les CPRIA pourraient intervenir en lien avec les Conseils régionaux, selon Alain Griset, président de l’U2P. Autre piste évoquée  : travailler conjointement avec les acteurs de l’insertion. « Pourquoi ne pas mener des actions ensemble pour apporter des solutions à des jeunes en termes d’emploi ? D’autant que nos entreprises ne trouvent pas toujours les compétences dont elles ont besoin.  », précise Alain Griset.

Formation des maîtres d’apprentissage

Sachant que les ruptures de contrat d’apprentissage sont parfois liées à des relations conflictuelles entre les apprentis et leurs maîtres d’apprentissage, les CPRIA pourraient devenir, selon Michel Beaugas, secrétaire confédéral de FO, des lieux de formation pour ces derniers, « qu’ils soient employeurs ou salariés. » « La montée en compétences des salariés qui ont moins accès à la formation dans les petites entreprises » constitue un autre terrain d’action possible des CPRIA, pour Laurent Berger.

Dans ce domaine comme pour l’apprentissage, ces instances paritaires devront renforcer les interactions avec les branches professionnelles et avec le ou les futurs opérateurs de compétences dont relèveront les entreprises de l’artisanat. Comme le préconise le rapport Marx-Bagorski, l’U2P œuvre à la création d’un opérateur regroupant, l’artisanat, les professions libérales, l’hôtellerie, la restauration et le tourisme.

Opco des services de proximité et de l’artisanat

Alain Griset a profité de cette journée nationale des CPRIA pour solliciter le soutien des partenaires sociaux. « J’espère qu’avant le 23 novembre, nous aurons l’appui des cinq centrales syndicales pour avoir un accord sur la création de cet opérateurs de compétences ». Un appel qui a obtenu des réactions variées.

Marcel Blondel, secrétaire confédéral de la CFTC, voit d’un bon œil la création de cet opérateur de compétences des services de proximité et de l’artisanat. « Que le monde de la petite entreprise se regroupe en un seul lieu pour avoir une stratégie sur les métiers et les besoins en compétences de demain peut avoir des avantages », précise-t-il. Pour la CGT qui ne s’avance pas sur le sujet, la seule question c’est celle de « l’intérêt pour les salariés ».

La CFE-CGC, quant à elle, place la logique de branches et de cohérence des métiers en tête des priorités. Mais la constitution d’un opérateur regroupant des entreprises ou secteurs qui n’appartiennent pas aux mêmes branches peut faire sens, selon François Hommeril. « Si les opérateurs de compétences ne parviennent pas à apporter des réponses adaptées aux petites entreprises cela devient pertinent de s’interroger et de savoir si on peut le faire au sein d’une structure dédiée où il y aurait l’expertise pour cela », précise le président de la CFE-CGC.


Estelle Durand, Centre Inffo