Les Opca préparent leur aggiornamento




Le remplacement des Opca par les opérateurs de compétences devrait être opérationnel en septembre 2019, selon le calendrier fixé par le gouvernement dans l’exposé des motifs de l’avant-projet de loi. La réforme confie à ces organismes paritaires de nouvelles missions et les invite à se restructurer. Les partenaires sociaux sont très attendus sur cette transformation.


Derniers bastions du paritarisme, les futurs opérateurs de compétences joueront un rôle déterminant dans le développement de l’alternance et la refonte des diplômes professionnels. Des sujets jugés stratégiques par le gouvernement.

Quelle logique de regroupement ?

Dans l’esprit de l’exécutif, le nouveau mandat des opérateurs de compétences exige une rationalisation du paysage des Opca. Déjà amorcée, la logique de réduction de leur nombre devrait s’accélérer. On compte aujourd’hui 20 organismes dont deux à vocation interprofessionnelle (Opcalia et Agefos-PME). Demain, ils sont appelés à se regrouper « selon une plus forte cohérence du champ professionnel ». Muriel Pénicaud, lors de ses annonces sur les grands axes de la réforme le 5 mars dernier, avait évoqué une approche par « filières économiques cohérentes ». Très commentée, cette feuille de route reste à préciser. Seule certitude, des secteurs proches qui partagent les mêmes problématiques d’emploi et de formation ont vocation à se rapprocher. Cette restructuration reste à la main des partenaires sociaux invités à négocier d’ici juin 2019.

Premières initiatives

Certaines organisations professionnelles saisissent cette opportunité pour revendiquer leur spécificité en matière de formation. C’est le cas du Syndicat national des métiers d’art. Il remettra dans les prochaines semaines un dossier à la ministre du Travail dans le cadre de la refonte des branches professionnelles. Constitué à 86 % d’entreprises unipersonnelles, ce secteur a besoin de développer des modalités de formation adaptées à la transmission de leur savoir-faire. Le syndicat met ainsi en avant des temps longs de formation et la nécessité de trouver un modèle économique à leurs ateliers-écoles. Plus largement, l’accès à la formation des plus petites entreprises, comme dans l’artisanat, suscite encore des questions. Au ministère du Travail, on se dit « ouvert aux initiatives ».

Montée en compétences

Disposer d’opérateurs de compétences mieux structurés et mieux positionnés est un premier levier. Mais cela ne suffira pas. Les Opca devront également travailler sur leur montée en compétences. Un grand nombre de ces organismes a déjà évolué vers des métiers d’accompagnement des politiques de formation et de gestion des compétences des entreprises. En revanche, ils auront à se saisir de l’apprentissage et de la co-construction des diplômes. Les Opca passeront d’une logique d’ingénierie financière à celle d’une ingénierie pédagogique. Un mouvement largement amorcé dans certains Opca. « Nous représentons 33 branches professionnelles. Sur 560 collaborateurs, seule une petite dizaine d’entre eux est chargée de la collecte. Notre métier est d’accompagner les transitions professionnelles », affirmait Yves Hinnekint, directeur général d’Opcalia, lors d’une table ronde organisée par le CFA IGS à Paris le jeudi 5 avril dernier.

En revanche, le rôle des futurs opérateurs de compétences dans le développement de l’apprentissage et auprès des CFA mobilisera de nouvelles compétences. Une transformation de cette envergure prendra du temps pour être effective. Il faudra s’y atteler dès que la cartographie de ces nouveaux organismes attendue à la fin de l’année 2018 sera établie.


Catherine Trocquemé, Centre Inffo