Les pratiques de construction des certifications professionnelles et d’ingénierie de la formation vont évoluer avec la réforme de la formation




Si le projet de loi « avenir professionnel » est adopté en l’état, les certifications professionnelles enregistrées au RNCP devront être structurées en blocs de compétences. Retour sur cette logique de construction des certifications et ses impacts sur les certificateurs et les organismes de formation, à l’occasion de la « matinée d’actualité » organisée vendredi 29 juin par Centre Inffo.


La logique de construction des certifications professionnelles en blocs de compétences, consacrée par la loi de 2014, devrait prendre de l’ampleur à l’avenir. En effet, le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui va être examiné au Sénat en séance publique à partir du 10 juillet, précise que les certifications inscrites au RNCP [1] devront être constituées en blocs de compétences. Ces derniers étant définis comme « des ensembles homogènes et cohérents de compétences contribuant à l’exercice autonome d’une activité professionnelle et pouvant être évaluées et validées ».

À l’avenir, une action de formation permettant d’acquérir un bloc de compétences sera considérée comme certifiante et sera donc éligible au compte personnel de formation (CPF). En pratique, une telle formation sera sanctionnée par une « attestation de validation de blocs de compétences ».

Faciliter l’accès à la certification

L’intérêt de ces dispositions, comme le rappelle Valérie Hellouin, consultante sénior ingénierie et politiques de formation de Centre Inffo, est de « faciliter l’accès de l’individu aux certifications RNCP dans le cadre d’un parcours de qualification progressif, bloc après bloc. » Au-delà de la possibilité de se former progressivement, la logique de blocs de compétences vise aussi à faciliter les équivalences et les passerelles entre différentes certifications. « L’idée est de fluidifier le paysage de la certification et potentiellement de réduire le nombre de certifications », ajoute Valérie Hellouin.

Conception par blocs

Sur le terrain, ces dispositions vont modifier les pratiques des certificateurs : ministères, commissions paritaires nationales de l’emploi (CPNE) de branches professionnelles, chambres consulaires, etc. Il leur faudra organiser leurs certifications de façon modulaire, ce qui aujourd’hui peut prendre plusieurs formes : bloc correspondant à une ou plusieurs activités, bloc regroupant des compétences transversales (bureautique, langue, etc.), bloc centré sur une fonction...

Il est également possible aujourd’hui de prévoir des blocs optionnels ou des certifications partiellement structurées en blocs. Dans tous les cas, « il faut s’assurer que les compétences qui sont dans les blocs sont les mêmes que celles qui figurent dans le référentiel d’activités », précise Renaud Eppstein, rapporteur adjoint de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP).

La définition figurant dans le projet de loi précise que les blocs portent sur des « compétences contribuant à l’exercice autonome d’une activité professionnelle », ce qui pourrait réduire les choix des certificateurs, selon Valérie Hellouin. Reste à savoir si la notion d’activité dans le projet de loi correspond à celle du référentiel utilisé pour les certifications.

Équivalences et passerelles

Comme aujourd’hui, les blocs seront adossés à une certification enregistrée au RNCP. Mais rien n’empêchera de faire correspondre un bloc à une certification du répertoire spécifique (nouvelle appellation de l’inventaire).

De manière générale, le projet de loi vise à encourager l’instauration d’équivalences et de passerelles. France Compétences pourra ainsi adresser aux certificateurs des demandes de « correspondances totales ou partielles » de leur certification avec des certifications jugées équivalentes. Si cette demande n’est pas satisfaite, des sanctions seront appliquées. À savoir, le retrait de la certification du RNCP.

Offres de formation modulaires

De leur côté, les organismes de formation vont devoir structurer leur offre en modules permettant aux stagiaires d’acquérir les blocs de compétences définis par les certificateurs. Ce qui peut demander un important travail de ré-ingénierie des formations. Une étape à ne pas négliger. « Si on ne peut pas faire le lien entre un bloc de compétences, c’est-à dire une partie de certification, et un ou plusieurs modules de formation, le problème de l’éligibilité au CPF et du financement va se poser », selon Valérie Hellouin.

Pour en savoir plus sur la structuration des certifications en blocs de compétences : consultez le dossier documentaire réalisé par Centre Inffo à l’occasion de la matinée du 29 juin.


Estelle Durand, Centre Inffo

Notes

[1Répertoire national des certifications professionnelles