Séniors #1 : Des seniors moins formés ? Sortir de la résignation 




La nouvelle convention Unedic encourage clairement les seniors à se former.
Les besoins de nouvelles compétences ne diminuent en effet pas avec l’approche
de la fin de carrière. Dans ce domaine comme dans d’autres, les entreprises et les salariés eux-mêmes doivent se méfier des stéréotypes. 


Le 1er novembre 2017, la nouvelle convention Unedic, négociée par les partenaires sociaux et agréée le 14 avril dernier, entrait en vigueur. Elle adapte les règles d’indemnisation des seniors dans le but d’encourager l’accès à la formation pour ce public et de tenir compte du recul de l’âge de départ à la retraite. 
Auparavant, les demandeurs d’emploi de 50 à 59 ans pouvaient percevoir trois ans d’indemnisation, au lieu de deux de droit commun. Dorénavant, les nouveaux chômeurs de 50 à 52 ans n’ont droit qu’à vingt-quatre mois d’indemnités, ceux de 53 à 54 ans trente mois. Mais en contrepartie, ils bénéficient de 500 heures de formation créditées sur leur compte personnel de formation (CPF), “pour faire face aux difficultés spécifiques qu’ils rencontrent pour accéder à la formation et retrouver un emploi”. Si les 53-54 ans suivent une formation, ils peuvent voir leur durée d’indemnisation allongée de six mois supplémentaires. 

Moins formés que les autres salariés 

En effet, approcher la fin de carrière ne signifie pas ne plus avoir de besoins de formation. Au contraire. Or, la Dares (direction des études et statistiques du ministère du Travail) notait en juin 20163 que “l’accès à la formation décroît avec l’âge. À caractéristiques d’emploi identiques, les plus de 50 ans se forment moins que leurs cadets, leur taux d’accès fléchissant nettement après 55 ans”. La moitié des salariés de 50 ans et plus ont participé à une formation non diplômante, contre 62 % des moins de 50 ans. 
Certes, l’écart se réduit depuis le milieu des années 2000, en raison de l’allongement de la vie professionnelle, mais la Dares relève que “ce constat des inégalités d’accès à la formation n’est pas nouveau”, voire qu’il “revêt un caractère structurel”. Plusieurs explications sont avancées, liées au profil et à un supposé manque d’intérêt des seniors à l’égard de la formation : les trois quarts d’entre eux déclareraient ainsi ne plus demander de formation ! Mais est-ce du désintérêt, ou du découragement face à des refus ? 

Investir sur des salariés en fin de carrière 

Selon Christine Fournier, économiste chargée d’études au Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications), les entreprises “se montrent toujours plus réticentes à investir sur des salariés proches de la retraite, parce qu’elles doutent de leur capacité à faire face au changement avec l’avancée en âge”
Le fait d’être senior ne fait qu’accentuer des tendances existantes. Ainsi, les cadres seniors restent mieux formés que les ouvriers (trois quarts des cadres de 50 à 54 ans accèdent à une formation, contre moins d’un tiers des ouvriers du même âge). Plus l’entreprise est grande, mieux elle forme ses seniors (52 % dans les établissements de vingt salariés ou plus, contre 26 % dans ceux de dix-neuf salariés ou moins). Et ce taux d’accès varie également selon le secteur d’activité : il est particulièrement élevé dans des secteurs tels que l’information-communication (62 %), les activités financières et d’assurance (69 %), plus faible dans le commerce, l’action sociale et la construction. 

Des stéréotypes très présents 

L’enquête qualitative de l’Apec Les cadres seniors : recrutement et intégration en entreprise de mars 2017, confirme le maintien des stéréotypes chez les employeurs et les salariés eux-mêmes. Si les cadres seniors sont perçus comme “matures, rigoureux, maîtres d’eux-mêmes et capables de relativiser”, on leur prête également une “moindre capacité à s’adapter, à apprendre ou une réticence à intégrer ou suivre une formation”. 
L’enquête relève que la formation des seniors est rarement envisagée lorsqu’ils sont recrutés, car on attend d’eux une “opérationnalité immédiate”, liée à leur expérience, vue comme “le gage d’une intégration et d’une capacité d’adaptation rapide, évitant ainsi une longue période de formation coûteuse”. Or, ils ne sont pas contre une “mise à jour” au moment de leur intégration, notamment en anglais ou en informatique… 

Une alternative à la formation ?

Les seniors au chômage (900 000 demandeurs d’emploi âgés de 50 ans et plus sont inscrits en catégorie A) ont davantage de difficultés à retrouver un emploi, et vivent un chômage de longue durée plus important que toutes les autres classes d’âge. 
Trop peu d’entre eux se tournent vers la création d’entreprise, déplore l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie), alors que “la création de sa propre activité constitue une réponse pertinente pour une population qui dispose d’atouts indéniables : expérience professionnelle, savoir-faire, compétence, responsabilité”. Mais selon l’Agence France Entrepreneur, près de 90 000 seniors franchissent le cap de la création d’entreprise. De quoi faire reculer les stéréotypes !

Seniors sur le marché 

Vieillissement oblige, le Conseil européen a proposé d’atteindre un taux d’emploi de 75 % pour les 20-64 ans, dans le cadre de la Stratégie Europe 2020. Actuellement, la France rattrape son retard par rapport à la moyenne européenne. Selon les chiffres de l’Insee, le taux d’emploi des 55-64 ans était de 49,8 % en 20161, dans un contexte de restriction d’accès aux dispositifs de cessation anticipée d’activité et de recul de l’âge de départ à la retraite. Il est proche de 74 % en Suède et aux Pays-Bas. 
La FFP (Fédération de la formation professionnelle) a appelé à ne plus “opposer le financement des jeunes en insertion professionnelle à celui du maintien dans l’emploi des seniors”. 


Centre Inffo, Christelle Destombes 
Inffo Formation n°935