UHFP - Comment favoriser un modèle social ouvert à tous ?




« Accompagner les grandes transitions et favoriser un modèle social ouvert à tous ». Tel était le thème du plateau débat réunissant notamment la quasi-totalité des négociateurs de l’accord national interprofessionnel relatif à la formation professionnelle, au premier jour de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, qui s’est déroulée du 31 janvier au 2 février à Biarritz. Chaque intervenant a répondu à tour de rôle à un certain nombre de questions sélectionnées par Centre Inffo afin d’illustrer les préoccupations des utilisateurs finaux de la formation professionnelle.


Changements

Quelle méthode pour accompagner les changements en cours ? « Il faut arriver à concevoir cette réforme de la formation professionnelle comme une vraie conduite de changement. En s’appuyant tout d’abord sur ce qui marche. Il convient de penser tout de suite à la période de transition quand on conçoit les changements à venir. Et arriver à concevoir un outillage et un accompagnement des acteurs », a répondu Yvan Riccordeau, secrétaire national CFDT.

Observatoires

Faut-il des observatoires des métiers et des qualifications indépendants ? Pour Florence Poivey, du Medef, les observatoires constituent un « enjeu clé ». « Pour construire avec les Régions, nous devons renforcer nos observatoires, les consolider ensemble, en intégrant les données nationales et internationales », a-t-elle affirmé. Tout en reconnaissant « avoir tiqué sur la nuance d’indépendance ».

Cif

À force de valoriser l’individualisation, n’oublie-t-on pas la richesse du collectif ? La question a suscité des réactions contrastées parmi les intervenants. « Un individu laissé seul pour gérer son employabilité, avec la question du chèque formation posé sur la table ? Cette phrase reflète le grand danger de laisser les gens se débrouiller seuls pour gérer leur formation professionnelle tout au long de la vie  », soutient Catherine Perret, pour la CGT. La secrétaire confédérale en charge de la formation professionnelle s’inquiète d’un risque d’accroissement des inégalités frappant «  les moins armés des salariés  ». Face à cela, il conviendrait selon la CGT de « défendre le congé individuel de formation, le plus beau dispositif qui créé du collectif en maintenant le lien contractuel du salarié avec l’entreprise  ». La CGT défend vigoureusement le maintien du Cif, qui pourrait être remplacé par un « CPF reconversion ». Cette thématique sera d’ailleurs abordée lors de la séance de négociation interprofessionnelle sur la formation professionnelle, qui se tient ce mercredi 7 février.

Tonalité diamétralement opposée côté CFTC. « La vie de maintenant, c’est n’est plus le tout collectif, rétorque Maxime Dumont. La formation professionnelle tout au long de la vie s’adresse aux individus en fonction de ce qu’ils veulent faire de leur existence professionnelle. Devenir patron ou exercer une activité salariée, tout peut se faire, on parle bien à l’individu. Pour autant, quand on suit une formation, on s’intègre à un collectif, car j’acquiers des compétences qui me permettront d’être dans une entreprise, qui est un collectif. » Pour le responsable chrétien, « il n’est pas vrai que l’individu serait livré à lui-même ; ce dernier est aidé via le conseil en évolution professionnelle, les Opca, Pôle emploi, les Maisons de l’emploi, et de nombreux réseaux qui vont l’accompagner. ».

Équilibre

Pour le Medef, il s’agit de « trouver le bon équilibre, construire pour soi-même de façon plus autonome et éclairée. Étant entendu que la communauté que constitue l’entreprise reste le cadre le plus connu, le plus identifié, et le plus propice au déclenchement de l’action de formation. Celui qui donne envie et trace des trajectoires ».

Président du Ciriec (Centre international de recherches et d’information sur l’économie publique, sociale et coopérative), Alain Arnaud souligne la singularité de l’économie sociale et solidaire : « Dans un contexte où le système ultra-libéral stimule le consumérisme et l’individualisme, le secteur de l’économie sociale et solidaire est tourné vers l’intérêt général et collectif. Alternative au tout marché, l’économie sociale conjugue personnalisation et collectif et recherche la valeur humaine, plutôt que le seul rendement financier.  »

Branches

Sous-directeur des politiques de formation et du contrôle à la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle, Cédric Puydebois rappelle « la possibilité pour les salariés de se former en situation de travail. Il y a aussi des souhaits individuels qui ne croisent pas nécessairement les besoins en compétences du moment. Quand le niveau de prise en charge varie selon les branches, de 40 à 60 euros pour des formations comparables, il y a clairement un problème  ». Concernant l’avenir du congé individuel de formation, Cédric Puydebois fait valoir qu’il bénéficie aujourd’hui à moins de 40 000 personnes, pour un coût de 25 000 euros par individu. Le tout pour 800 heures de formation dans le cadre d’une reconversion. Mais, interroge le sous-directeur, « ces besoins doivent-ils être consacrés à aussi peu de personnes, est-ce que la modularisation, le découpage en blocs de compétences ne pourraient être utilisés ? ».

L’UHFP a été organisée par Centre Inffo.

Pour aller plus loin, la webographie de l’UHFP.


Centre Inffo, David Garcia