UHFP - Formation en situation de travail : une expérimentation pour penser compétences




Dans une première table ronde, la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle s’est intéressée à l’expérimentation sur les formations en situations de travail (Fest), initiée en 2015 par la DGEFP, les partenaires sociaux et l’Anact. L’enjeu ? Revisiter les formats pour une certaine formalisation de l’informel.


Dans une première table ronde, la 15ème Université d’hiver de la formation professionnelle s’est intéressée à l’expérimentation sur les formations en situation de travail (Fest), initiée en 2015 par la DGEFP [1], les partenaires sociaux [2] et l’appui de l’Anact [3]. L’enjeu ? Revisiter les formats pour une certaine formalisation de l’informel.

Alors qu’un rapport à paraître à la mi-mars dévoilera les enseignements des 21 expérimentations "Formations en situations de travail" (Fest) déployées avec l’appui d’une dizaine d’Opca volontaires, Béatrice Delay, conseillère technique en charge de la formation professionnelle et de la qualité au Cnefop, rappelle l’objectif principal : « S’organiser, collectivement, pour réussir à repérer les conditions pédagogiques, organisationnelles et réglementaires pour que les Fest se développent. » Très concrètement, il s’agit de leur « trouver une place » dans le système légal et, ainsi, les rendre éligibles aux fonds mutualisés et opposables par les employeurs pour justifier de leurs obligations en matière de formation. Appelant à « rompre avec le système traditionnel de la formation hors lieu de production institué par la loi de 1971 », Béatrice Delay y voit l’occasion d’une « pluralisation des formats de formation » de nature à encourager le développement de « parcours multimodaux intégrant présentiel, distanciel et expérientiel ».

De « maître à disciple »

Se gardant de présenter les Fest comme « la » solution universelle, elle n’en souligne pas moins l’intérêt de la démarche pour les publics peu qualifiés des TPE-PME. Ceci, d’une part, parce que les Fest évitent de sortir les salariés du lieu de production, d’autre part, parce qu’elles concernent des compétences directement articulées à la spécificité métier. Le président du FPSPP, Pierre Possemé, insiste en affirmant que les Fest ont aussi à voir avec l’« innovation », souvent déployée en interne par les entreprises dans une relation de « maître à disciple », sans le concours d’organismes de formation.

Savoir-agir

Pour Olivia Berthelot, présidente du Groupement des acteurs et responsables de la formation Val-de-Loire (Garf), l’expérimentation Fest est moins l’occasion d’une réflexion sur la formation que sur la situation de travail elle-même, dans une « logique de savoir-agir ». Ainsi, c’est le « projet de l’entreprise » qui importe avant tout et va permettre de se « centrer sur la question des compétences, avant de penser formation ». Directeur technique et scientifique de l’Anact, Olivier Mériaux évoque, lui, les apports de l’expérimentation pour dégager les « ingrédients » qui vont permettre d’industrialiser le déploiement des Fest. Parmi ceux-ci, il souligne la dimension collective qui nécessite à la fois une préparation et une mise en condition des acteurs, une ré-ingénierie et de réels aménagements organisationnels et managériaux. L’articulation de séquences de mise en situation et de transmission, ponctuée d’étapes réflexives, lui paraît fondamentale. Pour Bernard Masingue, consultant pour Entreprise & Personnel, c’est le « droit à l’erreur » et la nécessité d’un « accompagnement non prescriptif » qui importent, révélant ainsi une problématique beaucoup plus culturelle que méthodologique.

Repenser l’alternance

Stéphane Rémy, chef de la mission de l’organisation des contrôles à la DGEFP rappelle, lui, les enjeux réglementaires qui pèsent sur les Fest. Si le Code du travail ne les a pas « empêchés », il convient aujourd’hui de préciser les conditions juridiques de leur déploiement. Ce qui suppose, non pas de créer une « logique de substitution », mais, en cohérence avec les objectifs du document d’orientation pour la réforme, de réfléchir à une nouvelle « définition de l’action de formation, plus souple et plus opérationnelle ». Pour Djamal Teskouk, conseiller confédéral CGT membre du Copanef, c’est aussi la question de la « reconnaissance » qui se pose. Notamment à travers celle de la « qualification » mais aussi, souligne-t-il, de la capacité à être « passeur de savoir ». Relevant des similitudes avec l’alternance, Béatrice Delay souligne cependant une différence fondamentale avec « l’alternance instituée » : « Les Fest sont l’occasion de repenser une véritable pédagogie de l’alternance, qui ne soit pas que chronologique mais appuyée sur des savoirs acquis en situation », conclut-elle.



Centre Inffo, Nicolas Deguerry

Notes

[1Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle.

[2Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation professionnelle (Copanef), Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) et le Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Cnefop).

[3Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail.