Une réforme de la formation « positive pour l’économie », à quelles conditions ?




À l’occasion de la conférence organisée le 31 janvier par la chaire « Transitions démographiques, transitions économiques » et la Caisse des dépôts sur l’impact économique de la réforme à venir, chercheurs et spécialistes de la formation ont rappelé que celle-ci devrait être positive pour l’économie, mais sous certaines conditions.


La formation professionnelle va-t-elle permettre de faire face au choc technologique en préparant dès aujourd’hui les individus à occuper les métiers de demain et doper de ce fait la croissance hexagonale ? Selon les travaux des économistes Nathalie Chusseau et Jacques Pelletan, la réponse est positive. Les deux chercheurs ont modélisé l’impact du suivi par des demandeurs d’emploi ou des salariés dont les compétences seraient devenues obsolètes d’une formation comprise entre six mois et un an. Cette mesure se traduirait par une croissance du PIB de 3,1 % dans le premier cas et de 4,2 % dans le second. Ces chiffres encourageants ont de plus été obtenus en tenant compte du rendement inférieur de la formation continue par rapport à la formation initiale.

Bon pour les individus

Cette étude corrobore en tous les cas le rapport Berger commandé par la Fédération de la formation professionnelle [1], montrant que le retour sur les bancs de l’école était bénéfique pour le pays. Bonne pour l’économie, la formation des individus est, d’autre part, un plus pour faciliter l’insertion et évolution professionnelle des personnes formées. « La littérature scientifique nous apprend que le taux d’emploi augmente de 7 points, passant de 45 % à 52 % pour des demandeurs d’emploi qui ont suivi une formation, a souligné Philippe Zamora, sous-directeur Suivi et évaluation des politiques d’emploi et de formation professionnelle à la Dares. En France, ce chiffre serait même de 10 points. Mais l’impact est d’autant plus important que les individus sont accompagnés. » Pour l’ensemble des intervenants aux deux tables rondes, il s’agit là d’un élément déterminant qui pose la question de la formation des accompagnateurs.

Bon pour l’économie

Pour que la formation ait un impact positif sur l’économie, le député (La République en marche) Sylvain Maillard a, pour sa part, rappelé la nécessité de changer de logiciel. « Nous ne devons plus protéger des emplois mais des individus », a-t-il ainsi souligné, faisant de l’anticipation des besoins le maître-mot du succès de la prochaine réforme. « Nous devons également raisonner en termes de compétences plus que de formation et travailler sur la mobilisation de ces compétences dans le domaine professionnel », a reconnu Emmanuelle Pérès, la déléguée générale de la FFP.

Jean-Marie Dubois, du département Formation et certification du Céreq, et Hélène Garner, la directrice du département Travail, emploi, compétences de France Stratégie, ont, quant à eux, insisté sur l’implication des entreprises. Elles ont, en effet, une responsabilité en faisant connaître leurs besoins et en mettant en place des organisations apprenantes. Car, selon Jean-Marie Dubois, « la formation en situation professionnelle continue de jouer un rôle déterminant ».


Centre Inffo, Laurence Estival

Notes

[1Formation professionnelle. Faire décoller l’investissement dans les compétences, Diagnostic et propositions, octobre 2017.